07 juillet 2006
Dans la baie de Phang Nga (février 2006)
Les côtes Thaïlandaises regorgent de superbes rivages pour les adeptes du Kayak de mer. L'une des plus prisée est la célèbre Baie de Phang Nga à l'est de Phuket. Parsemée de pitons rocheux, d'îlots sculptés et de plage idylliques, elle n'a rien à envier à la baie d'Along sans doute plus touristique. Plus au sud, après Krabi, les possibilités sont énormes et on peut très bien envisager des périples de plusieurs semaines. En février dernier, nous sommes partis à 7 amis kayakistes plus ou moins expérimentés, mais dont le but commun était de profiter des rencontres avec la population, de la nature, des paysages et des animaux pour une navigation plutôt pépère et éloignée si possible des lieux touristiques.
Pour simplifier l’organisation, nous sommes passés par une agence de location de kayaks située sur l’île de Phuket et qui s’est chargée de la mise à disposition du matériel, des cartes ainsi que de l’organisation des navettes. Pour le reste, nous étions totalement autonomes. Ils nous ont ensuite guidés durant 3 jours dans le parc de Khao Sok pour une randonnée naturaliste en kayak au milieu d’une jungle sauvage.
Dimanche 19 février 2006
Arrivée à Phuket, prise de contact avec l’agence, récupération des cartes, transfert à l’hôtel et courses au supermarché.
Lundi 20 février 2006
Comme prévu, le bus est à 9h devant l’hôtel. C’est un bus de tradition locale avec deux bas flancs latéraux en bois et juste un toit avec une galerie. Du coup l’aération est garantie.
Une fois chargé des kayaks et de notre matériel, il nous conduit dans un petit port à l’ouest de Phuket pour prendre un bateau et aller au départ de notre périple sur l’île de Ko Yao Yai. Cela permet d’aller directement dans les parties les plus intéressantes de la baie et d’éviter une traversée. Nous nous en remettons aux conseils de Dave, le patron de Paddle Asia. Le bateau nous laisse à Ta Kao après une heure de navigation qui nous donne déjà un petit aperçu des mangroves et des pitons qui nous attendent. Nous allons vite nous mettre à l’abri du soleil au restaurant voisin, attaquons un petit riz sauté aux fruits de mer un peu trop pimenté à notre goût avec un assortiment de milk-shakes avant d’entamer le chargement des kayaks. Un partenaire de Paddle Asia qui a des bungalows juste à coté nous attend et nous conseille sur les possibilités de bivouac et de ravitaillement dans la baie. Il nous indique les endroits touristiques à éviter et les coins reculés. Il nous propose de compléter nos achats, en particulier de fruits, et emmène Sandrine au village en mobylette. Compte tenu de la marée, il nous déconseille de dormir dans ses bungalows et nous indique une plage au bout de l’île.
Les kayaks sont vite chargés et nous nous dirigeons vers le nord. La première baie rencontrée est occupée par une mangrove très pénétrable avec des arbres variés à demi noyés. Il y a très peu d’eau et nous zigzaguons entre les troncs et les bancs de sable. Une bonne entrée en matière…
La mangrove au nord de Ko Yao Yai
L’extrémité nord de l’île est occupée par de hautes falaises couvertes de végétation. Seule une petite plage est occupée par des pêcheurs. Une grotte au raz de l’eau leur sert d’abri. Ils ne parlent pas un mot d’anglais mais nous parvenons à leur demander par gestes si nous pouvons camper. Ils nous aident même à nettoyer et niveler quelques emplacements. Puis, comme nous l’avait conseillé Dan, nous essayons de leur proposer de nous faire à manger du poisson, contre rétribution bien sûr… Leurs nombreux et souriants « yes » nous laissent à penser qu’ils sont d’accords. Nous nous installons à une dizaine de mètres pour ne pas les gêner, et attaquons apéros et amuse gueule. L’un d’eux vient nous voir, repart, nous met une rallonge avec de la lumière, accepte quelques friandises mais pas d’alcool et le temps passe.
Finalement nous nous rendons à leur campement avec nos gamelles vides mais visiblement, ils n’ont rien prévu pour nous. Ils n’avaient rien compris et nous avions pris nos désirs pour des réalités. Gênés, autant que nous, ils nous amènent quelques patates douces avec quelques reliefs de riz et de sauce au poisson. Heureusement, l’apéro avait été conséquent.
La petite plage à côté de la grotte des Pêcheurs, au nord de Ko Yao Yai, constitue un lieu de bivouac parfait.
Mardi 21 Février 2006
Réveil vers 6h30. Départ 9h. Après l’île de Ko Kudu, nous entamons la traversée en direction de Kokui, croisant quelques pitons rocheux couverts de jungle. Le paysage est de toute beauté, la distance et l’éclairage jouant avec les reliefs fantasmatiques des îles plus ou moins lointaines, toujours différentes . Pierre passionné d’ornithologie guette chaque oiseau que nous débusquons en rasant les berges. Patrick a sorti de quoi pêcher.
L’île de Kokui s’étire toute en longueur .C’est une véritable épine dorsale, étroite par endroits de quelque dizaines de mètres ou les falaises ornées de concrétions tortueuses alternent avec les plages cernées par la végétation. Au nord un chenal la sépare de sa grande sœur, plus longue, plus haute. Nous nous arrêtons manger sur une plage superbe .Au loin, les îles sont encore plus impressionnantes, entaillées parfois par de profondes fractures occupée par une végétation luxuriante. Nous abandonnons ensuite cet archipel pour piquer droit vers l’ouest et rejoindre l’île de Ko Mak.
Gambas à gogo sur l'île de Ko Mak
Contrairement à ses voisines, c’est une île plutôt plate. Un réseau de petites routes goudronnées sillonnent sa partie est, reliant un habitat dispersé. Par le plus grand des hasards, nous trouvons une épicerie avec riz, œufs quelques sucreries. C’est vraiment peu achalandé, mais, tant qu’il y a du riz…. Il faut dire que nous partions un peu la fleur au fusil, imaginant que les restaurants et les gens prêts à nous faire à manger se bousculeraient. La, pas de restaurant, mais en essayant de communiquer avec des pêcheurs, nous trouvons finalement à acheter 2 kg de gambas. La soirée s’annonce bien…Nous nous installons au bord d’une plage assez éloignée du village, afin d’échapper à une bruyante sono. De plus, la plage est suffisamment pentue pour ne pas avoir à tracter les kayaks à marée basse. Face à une multitude de pitons nous nous faisons un assortiment de crevettes au grill ou en papillote avec une goutte de Pastis le tout accompagné d’un riz cuit à la thaï. Celui-ci se mange tel quel tellement il est parfumé.
Mercredi 22 Février 2006
La nuit a été un peu agitée. Durant la nuit, des jeunes sont venus faire la fête sur la plage voisine. Notre foyer est rapidement remis en activité mais, beaucoup plus grave, notre stock d’apéritif, mal rangé subit un sérieux prélèvement. La bouteille de Whisky est vide, mais heureusement il nous reste du Pastis…
Nous repartons vers Hin Bai pour emprunter le chenal qui redescend vers le sud entre Ko Chong Lat et le continent. Le paysage est superbe et plusieurs îlots aux formes élancées agrémentent la navigation. Cependant, plus nous avançons, plus le vent forcit. Au débouché du chenal nous nous réfugions derrière une île aux parois vertigineuses. Des pêcheurs y sont aussi et pêchent à la ligne tranquillement sous un abri sous roche. Nous entamons la conversation par gestes et regardons leurs différentes prises. Ils se servent d’encornets vivants d’au moins 15-
Nous rejoignons ensuite la cote pour débarquer à Laem Sak. Mais, la marée est basse, et pour accéder au village sans faire le tour de la presqu’île, il est difficile d’accoster sans s’enliser dans le limon de la mangrove. La faim nous tenaillant, nous débarquons dès que la cote est plus facile d’accès, au niveau du cap. Arrivés par le coin le plus reculé du village, érigé sur pilotis, les habitants essayent de nous persuader que les restaurants sont de l’autre coté de la presqu’île, près du port. Mais finalement nous dénichons une petite gargote qui n’a jamais du voir de touristes et ou les morceaux de choix sont de la peau de poulet grillée. L’accueil est chaleureux et de toute façon, il y a du riz, du bouillon et des pâtes. Nous sommes affamés. Quelques douceurs locales expérimentales achetées à l’épicerie terminent notre sympathique repas, du coca cola pour les plus assoiffés et nous sommes fin prêt à repartir.
Le vent souffle toujours, nous avons laissé une bonne partie de notre énergie le matin et plutôt que de faire le tour de la mangrove, nous préférons couper tout droit en direction de la presqu’île de Laem Taeng. C’est un peu long mais finalement nous sommes récompensés par la découverte d’une belle plage dans un grand cirque rocheux avec sable blanc, cocotiers et même un abri avec un plancher en très bon état. Hélas comme pour les bivouacs précédents, nous sommes trop au fond de la baie pour avoir la possibilité de profiter des fonds sous marins. La proximité de la mangrove associée avec les marées et la faible profondeur rend la mer trouble.
Jeudi 23 février 2006
La cote le long de Laem Taeng est très belle. Après avoir contourné la presqu’île, nous nous dirigeons dans un bras de mer qui s’enfonce dans la mangrove. Mais finalement nous renonçons à aller visiter le fond de celle-ci car le temps change, nos réserves d’eau s’amenuisent dangereusement, il faut trouver un village. Le ciel se couvre et la pluie arrive Elle sera de courte durée. Nous croisons quelques maisons sur pilotis mais il n’y a personne et nous hésitons à demander de l’eau dans ces coins perdus car il n’y a pas de sources et les gens ne doivent pas en avoir beaucoup, surtout en saison sèche. Dans cette zone de hauts fonds, nous commençons à croiser de grandes étendues de filets installés en V et laissés à demeure faisant des pièges lorsque la marée se retire. Pour qu’elle n’en devienne pas un pour nous, nous devons calculer notre itinéraire.
A marée basse, l'eau se retire par endroits sur plusieurs centaines de mètres
Vers midi, nous avons bien du mal à débarquer pour trouver les éventuels bungalows qu’on nous a indiqués. On ne voit rien depuis la mer et les tentatives pour franchir les centaines de mètres qui nous séparent des plages prennent du temps et se soldent à trois reprises par des échecs car nous sommes dans des propriétés privées ou dans une végétation inextricable. La faim nous tenaillant, nous finissons par nous poser sur un banc de sable après avoir tirés les kayaks sur une longue distance. Impossible de faire du feu pour chauffer l’eau des pâtes chinoises et nous finissons tout ce qui se mange sans cuisson. Il est vraiment temps de trouver du ravitaillement. (photo Dia 7433)
L’après midi, nous parvenons enfin à un site de bungalows ou nous pouvons jouir des plaisirs d’une soirée plus civilisée.
Petites courses « en ville », cure de fruits et reconstitution des stocks de vivres puis repas marin copieux arrosé de bières fraîches.
Vendredi 24 février 2006
Propres, rasés pour certains, nous pouvons reprendre la mer. Nous commençons par un petit circuit dans la mangrove aux abords immédiats du port. Nous visitons un canyon creusé entre des pitons couverts de végétation. C’est l’attraction du coin, et bientôt, une cohorte de sit on top nous rejoint avec à leurs bord des représentants écarlates de toutes les nationalités. Heureusement, nous sommes sur le chemin du retour et pouvons fuir cette cohue bruyante. Nous remontons l’autre bras de la rivière qui se prolonge a perte de vue dans la mangrove. Nous visitons un affluent, plus étroit, plus sauvage puis revenons vers le village pour profiter une fois encore des prix attractifs de la restauration locale. Pendant ce temps là, le vent se lève et il nous poussera l’après midi vers les îles de Koo Hong que nous atteignons en 1h30.Nous débarquons alors que les derniers touristes quittent les lieux. Nous sommes très bien accueillis par les occupant des lieux .Pêcheurs et chasseurs de nids d’hirondelles, ils ont installé un campement confortable, fait de plateformes en bambous sous un vaste abri sous roche face à la mer.
L'archipel de Kho Hong
Nous pouvons enfin profiter des fonds coralliens. Un jeune thaï qui parle anglais vient discuter avec nous, nous l’initions à l’esquimautage. Il nous fait ensuite une démonstration d’escalade sur les falaises bordant la plage.
Cette fois pas de quiproquo, et nous négocions du poisson pour le soir. Bien qu’envahis de touristes la journée, nos hôtes ne cherchent pas à tirer profit de notre venue et c’est vraiment très agréable, car les relations ne sont pas faussées.
Samedi 25 février 2006
Nous décidons de rester dans ce chapelet d’îles en les explorant une à une plutôt que de se relancer dans des grandes traversées. Nous irons moins loin, mais profiterons plus de ces zones coralliennes.
Nous commençons par le nord ou une belle plage de sable blanc nous attire l’œil. Nous sommes seuls, et profitons quelques instants de cet endroit idyllique, mais cela ne dure pas, et un bateau de touristes débarque non loin de nous, brisant le charme. Nous repartons à croire que nous devenons très exigeants avec notre tranquillité car finalement les touristes sont peu nombreux et ils se concentrent à quelques endroits où ils restent peu de temps. Le plus souvent nous profitons seuls des pitons et des plages.
Les nombreuses grottes qui percent les ilôts calcaires sont très souvent occupées par des nuées d'hirondelles.
Leur présence fait la joie des chasseurs de nids qui les revendent à prix d'or en prenant parfois de grands risques.
Après avoir fait le tour de quelques îlots entièrement rocheux, nous trouvons une minuscule plage juste assez grande pour mettre les kayaks. Le temps de faire un petit feu et nous avons droit à notre le déjeuner habituel de pâtes chinoises. Nous essayons de tester différents parfums, mais nous avons souvent du mal à doser les sachets de piment. Heureusement, quelques mangues apaisent notre palais.
Dans ces îles situées au centre de la baie, il n’y a pas de mangrove, et les fonds sont superbes, avec des coraux originaux et colorés. Nous en profitons pleinement. La marée descend peu à peu et nous incite à reprendre la mer. Nous mettons le cap sur Ko Hong, un peu plus au sud.
Une première plage est encore bien occupée par les touristes et un plateau corallien en limite l’accès. Aussi nous décidons de faire le tour de l’île. Nous passons devant une autre plage plus aménagée. Cette fois, pas de tentation de confort, nous avons des vivres et nous continuons notre petite ballade circulaire. Les falaises deviennent plus impressionnantes. Nous visitons une belle grotte, aménagée avec des bambous pour les chasseurs de nids. Nous en profitons pour récolter des bigorneaux collés au bas des falaises afin d’agrémenter l’apéritif quotidien. Pour finir nous revenons à notre plage initiale désormais déserte et ou la marée nous permet d’aborder sans problème. Patrick et Sandrine vont un peu plus au large pêcher et nager près d’un récif ou des pêcheurs locaux prennent de gros poissons au lancer. Patrick reste bredouille bien que les poissons grouillent partout. La pêche, c’est un métier…
Dimanche 26 février
Nous embarquons à marée haute, ce qui nous permet d’aller visiter un petit lagon dont l’entrée est située à coté de notre plage. Un chenal étroit, encadrée par les falaises débouche dans une petite mer intérieure, cernée par les montagnes verticales. Une mangrove occupe le fond du plan d’eau. Les oiseaux nous rasent et leurs cris résonnent entres les parois. Il y a juste assez de fond pour passer en kayak et au fond nous voyons une multitude d’étoiles de mer.
Nous nous arrêtons ensuite au récif de la veille pour profiter des poissons et nous rafraîchir puis mettons le cap sur la cote pour une traversée de 8 km. Nous accostons aux abords d’un centre touristique haut de gamme heureusement très localisé. Après une courte baignade , nous longeons la cote à la recherche d’un restaurant. Avant de trouver quelque chose, Sandrine débarque a plusieurs reprises essayant d’avoir des renseignement auprès des femmes qui font sécher des calamars sur d’immenses claies. Finalement un motard l’emmène à un petit restaurant perdu dans la végétation, entouré de bungalows un peu plus loin. Les talkies walkies sont bien pratiques pour donner des nouvelles de son périple. Nous mangeons copieusement ces plats toujours aussi savoureux, faisant une cure de crevettes, de calamars et de poissons.
La baie de Ao Nang est plus touristique, mais en s'éloignant des plages, il est possible de profiter pleinement de ces décors de rêve.
Vue la chaleur ambiante, nous serions bien restés plus longtemps sous la tonnelle, mais la marée nous rappelle à l’ordre et nous oblige à reprendre la mer. Arrivés à Ao Nang, nous trouvons sans problème notre gîte. La marée est au plus bas et nous oblige à laisser les kayaks avec un ancrage à plus de cent mètre du rivage. Nous les ramenons au fur et à mesure de la remontée des eaux sur le sable sec. Ce soir là, nous battons le record au niveau du budget logement avec un tarif de 4 € par chambre.
Lundi 27 février 2006
Marée haute…Ouf!
Le fond de la baie est touristique et nous sommes à coté du port d’où partent tous les bateaux pour les îles et les nombreuses plages environnantes. Heureusement, l’heure est matinale, tout est encore calme. Vers 10h, le ballet incessant des bateaux commence et l’absence de silencieux sur les moteurs n’arrange rien. Ils sont souvent au large alors que nous rasons la cote. Dans la baie suivante, nous doublons les plages très connues des grimpeurs (Railay Beach, Tonsai Beach..) ou ils sont très nombreux à faire la queue au pied des rares voies à l’ombre. Le site est grandiose avec des grottes et des abris envahis de concrétions, et nous traînons un peu autour des îles le long de la pointe de Laem Nang. Ensuite, le calme revient. Nous nous arrêtons vers midi au village d’Ao Nam Mao dans une zone de mangrove. Petit resto sympa et économique genre cantine. Pas un touriste à l’horizon.
En Thailande, se restaurer n'est vraiment pas un problème
si l'on prend soin d'éviter les "pièges à touristes".
Nous devons ensuite rejoindre Krabi lieu de rendez vous fixé la veille par téléphone. La navigation est plus longue que prévue, car le port est situé au fond de l’estuaire et il faut aller au nord de la ville, remontant un chenal aux eaux glauques, surtout à marée base. Au loin, la côte continue à perte de vue laissant apparaître ça et la les sommets d’une multitude de piton rocheux. C’est sur, nous reviendrons… A Krabi, le bus ne tarde pas à arriver et nous ramène en 2h30 sur Phuket…
Participants :
Philippe Brenu, Pierre Durlet, Patrick et Sandrine Degouve, Marie Françoise Marbach, Philippe Saladin, Carole Zakin.
Modalités pratiques
La baie de Phang Nga se situe sur la côte ouest de la Thaïlande, à l'est de Phuket, haut lieu touristique du pays réputé pour ses plages, ses boîtes de nuit et ses fonds sous-marins. D'autres îles du secteur drainent les flux de touristes (Kho Lanta, kho Phi Phi etc), mais malgré cela, il reste de grands espaces peu fréquentés, constituant un terrain de jeu idéal pour le kayak de mer.
- Conditions de navigation
Globalement, la baie de Phang Nga est bien protégée, mais plus on descend vers le sud, plus l’influence de l’océan se fait sentir. Dans le Nord du golfe, le vent dominant est de secteur nord-est. Il augmente souvent en journée et il n’est pas rare qu’il s’établisse à 4 ou 5.
Marées : le marnage est de l’ordre de 3,5 m
De nombreux secteurs sont découverts à marée basse notamment vers les mangroves (zone de Krabi).
Courants : Rien de significatif (faible dans le golfe de Krabi : 0,6 km).
Température de l’eau : > 22°
Météo : la meilleure période couvre les 3 premiers mois de l’année. A partir d’avril mai, les pluies sont plus importantes, mais la mousson se fait moins sentir qu’au nord du pays.
- Logistique
On trouve de tout à Phuket. Nous avons privilégié dès que cela était possible le restaurant qui ne coûte pas cher et fait bosser les habitants qui ont été éprouvés par le Tsunami. Nous n’avons eu aucune surprise de type intestinal, ici beaucoup de gens mangent au restaurant, et surtout dans les coins reculés, c’est la cantine et il y a du débit. En secours du riz et des pates chinoises sont faciles à trouver, des gâteaux secs de quoi tenir quelques jours.
Nous avons fait une cure de fruits/ Ananas, mangues, petites bananes, pastèques et d’autres fruits plus exotiques achetés sur le bord des routes ou dans les ports.
Point de vue alcool, pour l’apéro il est très cher et nous avions fait le plein au duty free en France
Quand cela était possible, nous avons aussi utilisé les bungalows pas toujours faciles à voir venant de
la mer. Pour moins de 10€ on a une petite cabane sous les palmiers avec des sanitaires individuelles, un lit et une moustiquaire. Le bar et le restaurant a minima à une cinquantaine de mètres.
Le problème est la marée qui peut rendre l’accès très compliqué si elle est basse quand on arrive ou on part, car elle se retire parfois sur plusieurs centaines de mètres. A midi, pour juste manger, c’est plus facile à gérer
Nous avions emmené un réchaud à alcool et un réchaud multi combustible et Paddle asia devait s’occuper des carburants. Ils ont oublié l’alcool, nous ont fourni nous supposons du gasoil qui ne brûlait pas bien si bien que nous avons fait du feu tout le long du séjour. Il y a du bois partout
Nous avions emmené des tentes légères dont nous ne montions le plus souvent que la moustiquaire et une couverture polaire qui ne nous a servi que d’oreiller vu la chaleur .
Quelques moustiques présents à la tombée de la nuits, nous avons acheté des répulsifs sur place en grande surface.
- Biblio et liens :
Carte marine au 1/200 000, Phuket to Kantang
Marées : http://www.phuketgazette.net/tides/
Location de kayaks : de nombreux organismes louent des Sit on top, peu adaptés à de longues navigations. A notre connaissance, seul Paddle Asia peut fournir de véritables kayaks de mer avec le matériel et les conseils qui vont avec. Dave, le responsable de l’agence, a sillonné les côtes de Thaïlande et peut fournir tous les renseignements utiles. Paddle Asia organise également des séjours kayak dans le parc naturel de Khao Sok. Il peut également s’occuper des navettes, réservations d’hôtel à l’arrivée et au départ, de trouver d’autres prestataires de service en fonction des besoins (centre de plongée par exemple).
Paddle Asia : http://www.paddleasia.com/
Carte
Itinéraire de février 2006
0 - Ta Khao : ce petit village offre toutes les commodités (restaurant, commerces) et il est possible de se loger dans des bungalows tenus par un collaborateur de Paddle Asia qui connaît bien le secteur. Mais attention, il n’est guère possible d’embarquer par marée basse.
1 - Au pied des falaises qui bordent l’extrémité nord de l’île de Ko Yao Noy, des pêcheurs ont aménagé un vaste abri sous-roche. Il est possible de camper juste à côté. A condition de maîtriser un peu le Thaï, on peut leur acheter du poisson qu’ils se feront un plaisir de cuisiner pour vous.
2 - Ile de Ko Chong Lat : Au sud, dans le fond de la baie qui regarde l’île de Khlui, belle plage (bivouac possible).
3 - Ko Mak : l’île est assez plate comparée à ses voisines élancées. Elle est occupée par un habitat dispersé et c’est un peu par hasard que nous avons trouvé un commerce chez l’habitant pour se procurer le minimum vital. L’extrémité est de l’île est occupée par un petit port et il est possible de camper une centaine de mètres au nord, sous des arbres le long de la plage (pas de problème de marée). Un puits d’eau douce à droite derrière le bâtiment du port permet de se rincer.
4 - Laem Sak : Petit village situé sur un cap. Le port principal se situe à l’est de la pointe (restaurant- commerce). A l’ouest, un petit village lacustre est plus authentique, on peut s’y restaurer et acheter la nourriture de base. Difficilement accessible par marée basse (débarquer à la pointe du cap).
5 - Cette plage est visible de loin et constitue un bel endroit de bivouac. Un abri en bois ouvert avec plancher peut accueillir de nombreux couchages. Tranquillité garantie.
6 - Belle plage pour le bivouac. Un grand porche permet d’être à l’abri en cas de pluie.
7 - Tha Len : Ce petit village se trouve au débouché d’une rivière importante que l’on peut remonter sur plusieurs kilomètres (mangrove). Plusieurs centres de location de kayaks se sont installés ici, ce qui explique la présence de nombreux sit on top dans les environs. Au nord-ouest du village, le long de la plage, sous de grands cocotier se trouve de sympathiques bungalows (Coconuts Bungalows).
8 - Juste en face du port, en longeant les falaises en direction de l’est, on rencontre le débouché d’une rivière encadrée de hautes falaises calcaires. La visite vaut le détour. A faire le matin avant 10 h ou le soir après 17 h00 à cause des embouteillages de sit on top…
9 - Archipel de Ko Pak bia : Ce petit groupe d’îles offre quelques beaux coins de bivouac à éviter en journée à cause de la fréquentation. L’île « 9 » est habitée par des chasseurs de nids d’hirondelles et des pêcheurs. Ils peuvent vous vendre du poisson et des bières et fournir de l’eau douce. Falaise d’escalade équipée pour les grimpeurs…
10 - Plus au nord, deux îles sont séparées par un banc de sable. Elles ne sont pas habitées et le bivouac est possible. Toutes les autres îles méritent une visite et l’on profitera des heures chaudes de la journée pour jeter un œil au récif corallien.
11 - Ho kong : Cette île est la plus grande mais aussi la plus touristique des îles de l’archipel. L’accès à la plage principale (cote est) est payant (parc naturel), et on lui préferera celle située plus au nord, à l’embouchure d’une gorge qui mène à un surprenant lagon accessible à marée haute. La plage n’est pas très large, et il faudra prendre soin d’anticiper la marée avant d’installer son couchage.
12 - Ao Siaw : Cachés par une végétation luxuriante, les « Pine Bungalows »sont une bonne adresse pour manger et passer la nuit. Mais attention à marée basse, le débarquement est problématique (cailloux).
13 - Ao Nang est un village situé de part et d’autre d’une rivière dans laquelle se situe un port touristique sans grand intérêt. Les commerces sont en rive gauche, et accessible par la route ce qui explique la fréquentation importante. En revanche, en rive droite on trouve des bungalows assez bon marché (Andaman Inn bungalows). On y accède, à marée haute, par la grande plage qui occupe le fond de la baie. A marée basse, celle-ci se découvre sur plus de cent mètres….
14 - Les plages de Krabi (Tonsai Beach, Railay Beach, Sunrise Beach) constituent l’endroit le plus touristique du secteur. Les grimpeurs ont colonisé les falaises, les plages sont bondées et le trafic maritime est important. Malgré tout, c’est superbe…
15 - Possibilité de bivouac dans un grand porche, loin de l’agitation touristique.
16 - Khao Ao Nang : Petit village accessible à marée haute. Restauration et commerces.
17 - Port de Krabi
Le parc de Khao Sok
Le parc naturel de Kao Sok couvre une jungle montagneuse dont les vallées ont été partiellement noyées suite à la construction d’un barrage hydroélectrique. Il en résulte un lac qui totalise 160 km de longueur. Il se situe au nord de Phuket.
Le lac de Khao Sok vu d'un sommet
Pour profiter pleinement du site il est préférable d’être accompagné d’un guide qui connaît les plus beaux endroits, la faune et la flore ainsi que l’accès à certains sentiers. Pour la logistique, nous étions dans un ensemble de minuscules bungalows qui flottaient sur l’eau avec juste une maison sur pilotis pour manger face aux montagnes émergeants de l’eau. Ici les touristes sont rares, pourtant c’est un endroit magique pour du kayak contemplatif…
- Budget global approximatif :
Forfait 3 jours (transport Phuket-Kao Sok compris) : 268 €
- Liens :
Guidage et location de kayaks : http://www.paddleasia.com/
Site officiel du parc : http://www.khaosok.com/
08 juillet 2006
Le long des côtes de Lycie (juillet 2005)
Pour cette navigation le long des côtes de Lycie, nous sommes partis à 2 en louant des kayaks sur place. La logistique avant et après notre randonnée était assurée par notre loueur (Ekomarin sea kayak center) : navettes aéroport, prêt de cartes, navette retour etc... Vu le temps dont nous disposions, nous avons regretté de n'être pas parti un peu plus à l'ouest. Cependant, la chaleur à cette période de l'année ne permet pas de réaliser de grandes étapes sauf en naviguant très tôt le matin ou tard le soir.
- Mardi 12 juillet 2005
Nous sommes arrivés à l’aéroport de Dalaman dans la nuit et un minibus nous a emmenés au lieu de départ ou nous avons passé la nuit dans une petite pension de famille sur le front de mer.
Gocek est un petit port touristique qui a gardé un certain cachet. En attendant nos kayaks, nous allons faire nos emplettes dans un petit supermarché. En une heure c’est bouclé. Nous retrouvons à 10h Gokhan et Diarmuid qui nous apportent les kayaks et le matériel. Nous faisons le point sur l’itinéraire et globalement, ils ont l’air plutôt sérieux et soucieux des problèmes de sécurité. Ils nous regardent nous préparer, nous aident à compléter nos réserves d’eau et semblent envieux quand nous partons vers 12h. Pour leur travail, ils ne partent pas pour de longs périples, et nous ne sommes pas surs qu’ils connaissent vraiment la cote que nous allons suivre. Ils viennent de Kas, beaucoup plus à l’est.
Comme rien ne presse, nous faisons le tour de l’île de Gocek avant de nous arrêter sur une grande plage de sable sombre où coule un petit ruisseau. C’est moyennement propre, mais vu notre manque de sommeil, nous ne sommes pas trop difficiles.
Pour terminer la journée, nous effectuons quelques exercices de sécurité pour tester nos kayaks (des Necky kyook).Sandrine s’entraîne à remonter dans son bateau, et Patrick se risque à quelques esquimautages et ça marche !Par contre du coté pêche, c’est l’échec total. Les fonds ont l’air assez dévastés et la faune plutôt rare. Sur la plage nous repérons plusieurs traces de tortues qui sont venues pondre.
Nav : 13km
- Mercredi 13 juillet 2005 :
Nous démarrons vers 8h. La mer est calme et nous avançons bien. Le rivage en direction de Fethiye paraissant très monotone, nous mettons le cap sur les îles Adalari. Le vent se lève au cours de la traversée. Nous contournons la première île et faisons une pause sur la plus grande. Nous montons au sommet profiter du paysage, surplombant le phare du cap avec son port minuscule pour y accéder. Le vent ce secteur W SW ne faiblit pas, bien au contraire, il atteint force 5 et nous préférons en rester là pour aujourd’hui, surtout qu’il y a une crique accueillante pour bivouaquer. Il y a beaucoup de bateaux de touristes mais vers 18h 30, ils disparaissent pour la plupart. Il reste cependant des bateaux de croisière et Sandrine doit mettre des boules quies pour pouvoir dormir.
Nav : 18km
- Jeudi 14 juillet 2005:
Réveil à 5h. A 6h, nous sommes dans les kayaks et après avoir doublé le cap du phare de l’ile, nous entamons la traversée en direction de la rive opposée. Il n’y a pas de vent mais une houle résiduelle peu gênante. Nous avançons bien, et à cette heure là nous ne souffrons pas de la chaleur.
Plus nous avançons, et plus les falaises sont escarpées. De nombreuses grottes peu profondes jalonnent la navigation. Les abris sont rares, et à partir du cap Boz inexistants. Nous pensions en trouver un au fond de la baie d’Açikadia mais il n’y a aucun refuge et nous sommes contraints de poursuivre la navigation. Sandrine commence à accuser le coup, mais nous n’avons guère d’autre issue que d’avancer. Soudain deux bruits sourds avec comme une secousse semblent provenir du fond de nos embarcations. Cela fait une drôle d’impression. Un peu plus loin, un poisson mort flottant à la surface de l’eau et une barque au loin nous font supposer que la pêche à l’explosif a encore des adeptes. La météo est bonne et il faut en profiter bien que nous ayons pu accoster difficilement dans une crique rocailleuse. Nous repartons vers 11h. La mer est formée, mais il n’y a pas de vent. Le cap est austère, mais la suite est superbe avec de hautes falaises calcaires percées de nombreuses cavités. Brusquement de bleu foncé, l’eau devient turquoise et nous naviguons dans un bleu lumineux, très clair. Plus loin, nous entrons dans une vaste grotte hélas trop courte pour nos goûts de spéléologues.
Après 6h de navigation, nous parvenons de l’autre coté de la presqu’île des 7 caps. Comme tous les endroits protégés, il y a de nombreux bateaux. Nous installons notre campement sous un petit bois de pins et d’olivier et Sandrine se remet de sa fatigue dans son hamac. Pour la sieste à l’ombre, cette cote est idéale, car il y a partout des pins et des oliviers.
Nav : 26 km
- Vendredi 15 juillet 2005:
Nous embarquons vers 7h, assaillis par des guêpes belliqueuses et tenaces et même sur l’eau, il faut se défendre à coup de pagaie. La mer est bien formée, mais rien de très alarmant. Le baromètre est stable, et des échanges de SMS avec l’agence nous renseignent en cas de problèmes météo.
La cote est assez belle, variée et l’eau change sans cesse de couleur .Dans la baie de Olu Denni, elle devient turquoise mais parallèlement, une route arrive et la plage est couverte de transats qui attendent les touristes. Pédalos, sonos et animations nous font fuir. Nous allons vers le sud et croisons ce qui nous semble etre un village. Quelques courses seraient les bienvenues. En fait, c’est plutôt un immense village de vacances et à peine débarqués nous sommes refoulés par un Taras Boulba musclé qui nous précise que c’est privé. Nous repartons donc pour finalement débarquer sur la plage d’une plaine d’un km qui entaille la montagne haute de plusieurs centaines de mètres. Les falaises ocres et grises sont impressionnantes et encadrent cette plage accueillante. C’est le lieu dit la vallée des papillons. Aucune route n’y arrive. Changement de décor et aussi de standing. Ici, tout semble orchestré par une communauté de Baba-cool qui tiennent une buvette et un petit restaurant, et aussi un club de plongée. Il y a aussi des chèvres et tout un tas de cultures bien irriguées grâce au ruisseau qui vient de la montagne. Nous posons les kayaks sur la plage déjà bien occupée par des campeurs de tous poils. Nous allons ensuite remonter la rivière qui finit sur un canyon puis nous montons en haut des falaises par un sentier pittoresque et escarpé qui mène à un village et une route. Pas d’épicerie en vue mais un bar et une vue magnifique.
La vallée aux Papillons
Le soir, nous campons sur la plage après une grande bière prise au bar. Compte tenu du nombre d’allemands, il n’y a que des grands modèles.
- Samedi 16 juillet 2005 :
Départ 6h30. Nous doublons le cap Ak sans trop de vent ni de houle. Vers 9h, nous décidons de faire une petite pause sur une plage accueillante aux eaux turquoise. Pas assez attentif, Patrick se fait retourner au débarquement et les affaires mises dans l’hiloires et sur le pont passent à l’eau. Tout ce qui flotte est vite retrouvé, mais pas son appareil photo étanche qu’il avait autour du cou. Durant plus d’une heure et demie nous allons plonger en apnée sur le lieu du naufrage, mais rien n’y fait. Le moral en prend un coup et nous repartons un peu morose essayant de relativiser la mésaventure malgré tout. La cote reste très variée, avec des falaises et de petites grottes. Après le cap Kotu, nous nous arrêtons dans la baie. Il faut hisser les kayaks sur des blocs faute de plage suffisante. Nous dormons sur d’anciennes terrasses à coté d’une citerne et sommes encore harcelés par les guêpes pendant nos repas ce qui nous stresse un peu malgré les douceurs au menu.
- Dimanche 17 juillet 2005 :
Réveil à 5h15. Nous embarquons encore dans la précipitation à cause des guêpes.Nous mangerons le pain perdu cuisiné la veille par Sandrine un peu plus loin dans les kayaks. Un petit vent d’Ouest s’est levé, mais il n’est pas trop gênant. La cote continue à etre assez hostile, les abris sont rares. En contrepartie, c’est superbe, et les falaises nous donnent envie de grimper tellement le rocher rappelle celui des calanques. Dans la baie de Gemilog, nous entrons dans une grotte aux reflets bleu lumineux. L’eau semble phosphorescente et les mouvements des pagaies accentuent cet étrange éclairage. Après le cap Yassi, d’autres grottes, dont une majestueuse avec un porche de 20m de haut.. Nous faisons une pause dans un porche peu profond à l’abris de la houle. Je m’essaie à l’escalade pendant que Sandrine explore les fonds. Vers 12h, changement de décor, nous arrivons à l’immense plage de Patara.. Nous nous arrêtons à son début, à l’embouchure dune jolie rivière. Hélas, l’endroit est très touristique et une horde d’enfants nous entoure. Nous repartons bien vite vers l’est après nous etre un peu dessalés dans l’eau douce pour trouver un endroit plus isolé .Le vent souffle nettement plus fort et de petits rouleaux déferlent sur la plage. Nous renonçons à aller visiter la rivière Essens car il y a vraiment beaucoup de monde. Nous continuons à longer la plage sur près de 7km et repérons enfin l’arbuste qui nous offrira un peu d’ombre pour notre bivouac. Enfin seuls.. Petits exercices de surf sur les rouleaux. C’est l’occasion, la mer est chaude, la pente homogène.
Nuit dans les dunes qui s’étalent sur des km avec à l’horizon les montagnes.
- Lundi 18 juillet 2005 :
Nous prenons la mer vers 7h. La plage est terriblement longue, mais nous jouissons de la lumière de l’aube qui colorie les dunes dans des teintes pastel allant du rose au jaune. Enfin, le cap est atteint. Nous visitons de jolies grottes puis la cote devient plus ébouleuse et moins spectaculaire. Jusqu’à Kalkan, la navigation est monotone et heureusement quelques luxueux bateaux distraient notre attention.
Kalkan est une petite ville très touristique mais le port est agréable et nous incite à faire des courses. Ensuite, la cote reste assez austère. Quelques grottes nous permettent de nous mettre à l’abris du soleil et de profiter de la fraîcheur apportée par des résurgences d’eau douce. Cependant nous ne voyons aucun endroit pour accoster et les bras sont de plus en plus lourds. Seule une plage en contrebas de la route peut nous permettre d’aborder, mais elle est envahie. Nous faisons le tour de l’île de Saribelen, mais elle est inabordable, défendue par des lapiaz acérés. Nous nous replions donc vers la plage de Kapitas et attendons la nuit pour monter notre moustiquaire. Comme chaque fois que nous sommes près d’une route, il y aura beaucoup de bruit, mais personne ne nous importunera.
- Mardi 19 juillet 2005 :
La nuit ayant été courte à cause des promeneurs matinaux, nous reprenons la mer à 6h30. L’étape jusqu’à Kas est assez fastidieuse malgré quelques grottes. Nous arrivons après 4h30 de navigation. La ville est plutôt jolie. Nous prenons contact avec Ekomarine, notre loueur de kayaks. Murat Draman, le patron, est sympathique et passionné par sa région. Un de ses guides nous aide à préparer la suite de notre périple. Cela sera beaucoup plus cool, la fatigue se fait sentir et nous prévoyons des étapes plus courtes, d’autant qu’il y a plus de possibilités de bivouac.
Repas au restaurant, glaces et bières à gogo, et nous repartons dans l’après midi pour dénicher un petit bivouac très confidentiel dans une ancienne petite maison ouverte sur la mer dans la baie voisine.
- Mercredi 20 juillet 2005 :
Grasse matinée et départ à 8h. Nous quittons la baie et gagnons les îlots d’Heybeli pour une petite baignade avec vue sur de jolis fonds, mais nous restons peu de temps car au loin de nombreux bateaux de plongeurs arrivent. En passant de l’un à l’autre, nous nous rendons compte que nous sommes à portée de pagaie de l’île grecque de Castellorizo. Bien que nos partenaires Turques nous aient dit qu’il était interdit d’y aller, nous n’hésitons pas une seconde . Arrivés au port, nous apercevons bien un poste militaire, mais, comme on ne nous demande rien, nous partons visiter. Le décor est totalement différent et nous retrouvons le style grec avec ses murs blancs, ses ruelles étroites et ses fenêtres colorées. Nous traînons dans le village puis montons au sommet de l’île qui offre une vue panoramique sur l’archipel environnant et la baie de Kras. Nous avons plaisir à marcher et a faire un peu de dénivelé malgré la chaleur. La terre a l’air bien pauvre. Il y a peu d’arbres, beaucoup de lapiaz et de petites parcelles gagnée sur les champs de pierres.
Castellorizo
Avant de repartir du port, nous achetons quelques produits locaux, en, particulier du Raki qui nous rappelle nos séjours en Grèce. Nous trouvons un bivouac dans d’anciennes carrières situées au bord de l’eau près du cap nord de l’île et qui nous offrent de belles terrasses horizontales ou nous installer. Des adolescents du village viennent nous faire une démonstration de sauts et plongeons du haut de la falaise. L’un d’eux est français et nous bavardons un peu.
Les îlots d'Heybeli et la baie de Kas (au fond) vus depuis le sommet de l'île grecque de Costellorizo. Le bivouac se situe dans l'anse visible à droite du ferry.
- Jeudi 21 juillet 2005 :
Nous prenons la mer vers 7h.Il n’y a pas de vent et nous commençons à longer l’ile par sa cote Nord est afin de trouver une grotte renommée : la grotte bleue. Les jeunes de la veille nous ont très vaguement donné sa localisation, mais au bout d’une heure et demie de pagaie sous d’immenses falaises nous abandonnons et faisons demi tour.
Nous nous arrêtons à nouveau sur une des îles Kovan et plongeons pour aller voir un canyon indiqué par Murat. C’est beau, mais la faune est limitée. Nous souffrons un peu de la chaleur pour rejoindre la cote et trouver une plage au fond de la baie de Cobanburnu. C’est un endroit très protégé, bordé par deux îlots et occupé par un ensemble de bâtisses laissées à l’abandon. Nous profitons de la terrasse et de l’ombre pour nous installer. Il fait de plus en plus chaud et nous sommes KO. Une sieste s’impose.
Une famille de pêcheur vient se mettre à l’ancre face à nous dans la baie en attendant le crépuscule, pour aller pécher ou relever les filets. Comme souvent, quand nous voyons des barques, ils nous font un petit bonjour de loin.
Nav : 14km
- Vendredi 22 juillet 2005 :
Départ 7h 30. La cote est désormais plus monotone. Coté pêche, après avoir changé pour l’énième fois de type de ligne, je commence à désespérer…
Derrière le cap Ulu, nous retrouvons quelques falaises puis un petit canyon qui nous préserve un moment du soleil. En face de l’île Kormen, nous nous arrêtons dans une autre gorge propice à un bivouac. Le vent se lève et quand nous repartons, la mer commence à être hachée. Il forcit de plus en plus et nous pousse vers le fond de la baie. Celle ci est encadrée par d’imposantes ruines en partie immergées. Nous nous installons dans l’une d’elle à l’abri du vent et du soleil.. Après la sieste devenue quotidienne, nous montons visiter les vestiges qui se dressent au-dessus de nous. Au milieu des oliviers, surgissent des tombeaux taillés dans la masse, des murs, et des blocs cyclopéens qui devaient faire partie des fortifications. Quelques sarcophages sont en partie immergés.
Vers 17h, nous décidons d’aller de l’autre coté de la presqu’île ou on nous a indiqué un restaurant. En 20mn de traversé au milieu d’une terre complètement desséchée, nous arrivons vers deux restaurants sur pilotis. Au menu, poisson grillé, salade et frites. Le tout avec une bière que nous apprécions tout particulièrement. Comme partout, les hôteliers sont charmants. Ils viennent s’installer avec nous pour manger de la pastèque. IL faut dire que nous sommes les seuls clients, malgré les drapeaux de tous les pays installés en guirlande pour attirer les touristes. Retour dans notre ruine vers 20h30 à la tombée du jour.
Nav : 14km
- Samedi 23 juillet 2005 :
Le vent s’est calmé. A 6h30, nous sommes sur l’eau. Nous faisons tout le tour de la presqu’île de Sicak. Il n’y a aucun véritable abri et nous sommes heureux de bénéficier de bonnes conditions. En 2h30, nous atteignons l’île de Kara qui marque l’entrée de la baie d’Oludeniz, entre l’île de Geykova et le continent. Nous allons visiter un autre site archéologique déjà assailli par les bateaux de touristes. Nous nous replions donc bien vite sur Kara, déserte. Nous bullons toute la journée : ballade, plongée et faute d’être bien chaussé Patrick tombe et se lacère les jambes et la plante des pieds. Heureusement, même si c’est douloureux, c’est superficiel. Comme d’habitude le vent a forci en fin de matinée nous dissuadant d’aller visiter la cote extérieure de l’île de Geykova. Ce sera pour la fin de journée.
Dimanche 24 juillet 2005 :
Nous mettons le cap sur Uçagiz. C’est l’un des principaux points de départ des bateaux touristiques. Il y a quelques magasins, mai surtout des échoppes de souvenirs. Vu l’heure, nous nous laissons tenter par un repas au restaurant, le menu choisi est toujours le même : poisson, pomme de terre, salade. Nous trouvons ensuite un bivouac au fond de la baie. C’est un peu vaseux mais très calme.
Nav : 12km
- Lundi 25 juillet 2005 :
Sandrine est un peu brassée. Est ce le repas de la veille ? Nous quittons la baie alors que la marée pourtant faible commence à découvrir les plages d’argile rouge transformant la zone en bourbier. Nous nous arrêtons à Kalekoy. Ce superbe village de pécheurs est dominé par une forteresse byzantine en ruine. Du sommet, nous pouvons voir toute la baie et nous en profitons, car vu l’heure matinale, nous sommes les premiers touristes. Nous continuons à longer la cote vers l’est et au niveau de l’île de Kisneli, nous traversons pour rejoindre l’extrémité de l’île de Kekova et jeter un œil derrière le cap sur la cote extérieure. Le vent et la houle nous font renoncer et nous nous replions sur la visite des îles plus protégées mais dont les criques sont envahies par les bateaux de croisière.. Nous finissons par trouver un bon lieu de bivouac sous le village de Kapaski, dans le fond d’une gorge étroite inoccupée.
Nav : 14km
Le village de Kalekoy
- Mardi 26 juillet 2005 :
C’est notre dernier jour de navigation, et il ne reste que quelques km avant la plage d’Andraike. Nous embarquons tranquillement. La cote n’a pas grand intérêt. A l’entrée de la baie, nous nous enfilons dans l’embouchure d’une jolie rivière bordée de palmiers et de lauriers roses. Plus en amont, le cours d’eau serpente dans un dédale de roseaux. Nous progressons de quelques km jusqu’à ce que la végétation barre complètement le passage… Nous nous rendons ensuite au port ou les bateaux de touristes commencent à faire une longue farandole en direction de Kekova. Comme le rendez vous est fixé au lendemain, nous avons encore le temps d’aller voir la cote plus à l’est. En fait, c’est monotone, les camps de vacances commencent à être nombreux et le vent forcit si bien que nous nous replions sur la visite de la seconde rivière qui se jette dans le port. Ce n’est pas très intéressant, plutôt le genre canal et elle longe une route. Nous finissons par aller nous installer au débouché de la première rivière qui offre un beau coin de bivouac avec dunes, pins et de l’eau douce pour rincer le plus gros du matériel.
Nav : 10km
- Mercredi 27 juillet 2005 :
L’agence vient nous chercher au port et nous emmène à la ligne de bus la plus proche ou nous pourrons rejoindre Antalya et prendre notre avion.
18 septembre 2006
La ronde des glaciers (juillet 2006)
L'association de la mer et de la montagne, de l'eau et de la roche, nous a toujours fasciné. Mais jusqu'à présent, il nous manquait un troisième élément pour satisfaire notre curiosité de montagnard-kayakiste : la glace. Aprèsun séjour en Colombie Britannique, nous avions tout naturellement songé à aller plus au nord, le long des cotes d'Alaska. C'était sans compter sur l'administration Bush et ses restrictions d'accès aux USA. Investir dans de nouveaux passeports biométriques alors que les nôtres venaient d'être renouvelés suffit à nous faire changer de destination. Alors pourquoi pas le Groenland. Une proposition de vol sec à un prix avantageux efface toutes nos hésitations et précipite un peu notre décision. Du coup, nous ne serons que deux à partir, mais sur place, nous avons déjà pris contact avec un loueur de kayak, Jacky Simoun, un français qui vit au Groenland depuis plus de 10 ans.
LUNDI 10 JUILLET
Après 4h de vol depuis Copenhague, nous arrivons à Narssassuaq. Avant d'atterrir, l'avion traverse une épaisse couche de nuages. Au sol, le plafond est bas, il pleut, et cela ne fait qu'en rajouter un peu à cette ambiance de bout du monde. Mis à part la piste et quelques bâtiments, il n'y a rien. Le plan de la ville se limite à quelques rectangles disséminés autour de la seule route qui se termine en pointillés à quelques km de là.L'auberge de jeunesse de Jacky Simoun est à une centaine de mètres de là un peu excentrée et perdue au milieu d'une végétation rabougrie. Une navette est organisée pour nous y emmener. L'accueil y est agréable et le confort est total.A l'autre extrémité du village se trouve l'unique commerce, véritable petit supermarché, assez bien achalandé pour les produits courants mais dont les prix sont de deux à quatre fois ceux de la France. Cependant, le centre névralgique pour les touristes est le Blue Ice Café. Musée, documentation, poste Internet, et café sont réunis dans cette petite maison ou Jacky a son PC. Il nous aide à peaufiner notre projet et accueille avec plaisir le fromage et le saucisson amenés de France. Départ prévu le lendemain ou un bateau nous emmènera nous et les kayaks à Narssak pour éviter de parcourir le fjord en aller et retour et pouvoir aller plus loin. Le temps s'améliore et la pression remonte.
Le port de Narsarsuarq
MARDI 11 JUILLET
Le baromètre continue de remonter. Le ciel est encore couvert, mais il souffle un vent du sud-est rendant impossible toute sortie en mer. A défaut, nous grimpons sur les hauteurs du village en direction de Mellem Landet. Nous apercevons le glacier Kiagtut Sermiat au loin, mais le plafond, encore bas, limite la vue. Nous retournons ensuite aux nouvelles pour voir si la navette sera possible dans l'après midi. Notre départ est reporté au lendemain et nous allons traîner du coté du port ou le vent a poussé de gros icebergs. Premières photos et premier émerveillement face à la glace.
La petite baie de Narsaq
MERCREDI 12 JUILLET
Sous le soleil, Jacky vient nous chercher à 7h30. Il nous conduit au port pour embarquer sur un bateau rapide pour Narssaq. Nous croisons une équipe de glaciologues français qui nous annoncent qu'il y a beaucoup de glace cette année. Nous filons vers le sud dans l'Eriksfjord ou dérivent de nombreux icebergs, faisant quelques escales pour récupérer des passagers. C'est impressionnant. Hélas, plus nous avançons, plus le ciel vire au gris. Arrivés au port, après 1h30 de navigation, nous déchargeons bagages et kayaks, laissant le bateau partir vers d'autres navettes. Le port n'est pas à coté du centre du village, aussi nous chargeons tout et contournons la presqu'île pour accéder à une baie proche des commerces. Le supermarché est bien achalandé et on trouve pour 75kr une carte plastifiée de la zone à l'échelle 1/250000. Il y a aussi un peu de matériel de camping et du matériel de pêche. A la sortie du magasin, nous débarrassons les courses de tout emballage superflu, sous l'œil amusé des clients. Nous embarquons à 13h30 après avoir testé le sandwich crevettes, œuf tomate de la boulangerie, magasin que nous ne retrouverons dans aucun autre village. Il commence à pleuvoir. Malgré cela, nous sommes vraiment contents, le décor nous comble et nous zigzaguons entre d'énormes glaçons aux formes torturées. Au cap de Nummiut, nous décidons de traverser en direction de Niaquornaq.
Bien qu'il fasse mauvais, le plafond reste haut et nous profitons de la vue sur les icebergs venant de l'Isafjord qui sont de plus en plus gros, de plus en plus denses. Nous gardons nos distances, surtout lorsque l'un d'eux se met à basculer. D'autres se brisent au loin dans un fracas inquiétant. La marée montante les pousse doucement vers le fond du fjord, mais bientôt, le ballet s'inverse sous l'effet d'une petite brise venant de l'est. Le cap de Niaqornaq domine la confluence de deux fjords, le Kangerluarsuk et le Sermilik. Sur ce promontoire, à la vue exceptionnelle, un village avait élu domicile. Il n'en reste que quelques ruines, des sentiers et un cimetière en triste état. Quelques moutons occupent ces vestiges. Nous plantons la tente à l'abri d'une ruine et alors qu'il se remet à pleuvoir, Patrick va tester son matériel de pêche. Un lieu et une morue se laissent prendre. Sandrine lève besogneusement les filets. Le repas de ce soir est assuré. Le baromètre est en chute libre, il pleut, mais il n'y a pas trop de vent. Entre deux rabasses, nous sortons voir le ballet fascinant des glaces...
JEUDI 13 JUILLET
La pluie a continué de tomber et le baromètre de descendre. Peu motivés pour repartir, nous visitons notre promontoire, et commençons à remonter le fjord. La ballade est de courte durée, car un km plus loin, la pente devient plus raide, empêchant tout passage. Nous faisons le plein d'eau dans un ruisseau et retournons au campement sous des cordes. Jeu de dés, lecture et aquarelle occuperont le reste du temps. En fin d'après midi, la pluie s'arrête, le baromètre piétine et nous tentons une sortie dans l'autre sens. Rencontre avec un lièvre arctique, un renard curieux et de nombreux bruants des neiges. Peut être que demain, il fera beau ?
VENDREDI 14 JUILLET
Le baromètre a poursuivi sa descente infernale durant toute la nuit. Le vent s'est mis de la partie, mai s'est calmé au petit jour. Nous nous réveillons dans un brouillard épais arrosé par une petite bruine. La mer est calme, nous décidons de partir. Vu la visibilité, nous abandonnons l'idée de visiter le Kangerdluarssuk, comptant y arriver plus tard par un autre itinéraire. Nous descendons l'Isafjord afin de rentrer dans la baie voisine.
Peu à peu, les gros icebergs sont moins nombreux. Dans la petite passe de Qornoq, sans doute peu profonde, une petite barrière de glace discontinue s'est formée, n'attendant qu'un rayon de soleil pour se disloquer. En attendant, il ne fait guère chaud, et la pluie nous accompagne avec un vent glacial. Nous faisons une pause rapide pour manger le menu des jours de mauvais temps : purée rapidement faite grâce à nos deux thermos, soupe, café et sucreries. La purée locale est très bonne, il n'y a rien à rajouter.
La navigation est toujours aussi belle malgré le gris du ciel que vient égayer la blancheur des icebergs. Après 25 km, nous parvenons dans le fond du fjord. A gauche, un autre bras vient butter sur une langue de glace venant directement de l'Inlandsis qu'on devine au loin dans la brume. Sur la droite, un gros torrent occupe une large vallée bordée de montagnes et de falaises. Lui aussi provient de la calotte glacière. Nous choisissons un petit promontoire qui sera notre bivouac. La vue est superbe, d'autant que quelques éclaircies apparaissent. Le baromètre remonte, le moral aussi. Patrick ramène deux poissons. Le premier, une morue, a dévoré la moitié de son leurre. Il le remet malgré tout à l'eau sans grande illusion, mais quelques minutes plus tard, son appât « cul de jatte » piège un lieu qui lui aussi finira à la casserole. Les poissons groenlandais sont soit affamés, ou alors un tantinet simple d'esprit...De son coté, Sandrine ramène un sac de moules qui agrémenteront l'apéro.
Ce soir, nous ne sommes pas vraiment seuls, car de l'autre coté du delta, quelques kayakistes sont venu planter leur tente.
SAMEDI 15 JUILLET
Première journée de beau temps, même si les premières heures débutent sous un plafond bas. Nous partons vers 7h30 laissant notre tente installée. Nous allons reconnaître à pied le glacier qui donne naissance au torrent. Hélas ce dernier n'est pas franchissable, et nous ne pourrons donc pas aller voir le fjord auquel nous avions renoncé deux jours plus tôt et qui s'ouvre juste derrière. A défaut, nous remontons sur la rive gauche du glacier, en suivant des gradins escarpés. Nous faisons connaissance avec les premiers nuages de moucherons et de moustiques. Le décor est grandiose quoique austère. La végétation rabougrie a du mal à prendre le dessus sur cet univers minéral. Un escarpement trop vertical nous empêche d'aller à un sommet dominant le glacier, mais nous entrevoyons malgré tout déjà son immensité. L'après midi, le ciel bleu s'est imposé et nous embarquons pour une petite ballade de reconnaissance du fjord et du glacier de Llordlit. C'est un chenal large de 700 à 800 m bordé de falaises abruptes qui plongent dans une eau laiteuse. Au fond il s'évase pour recevoir une cascade et deux chutes de glace provenant de l'inlandsis qu'on devine au-dessus. C'est très spectaculaire. En retournant au campement, Patrick tente de pécher avec un nouveau leurre, mais il revient bredouille, après avoir remis à l'eau une morue trop petite.
DIMANCHE 16 JUILLET
Ciel brumeux, mais cela va sans doute se lever, le baromètre continue de monter. Nous plions le camp et embarquons à 7h30 vers l'ouest pour entrer dans le fjord d'Akugdlit. Comme ses voisins, il se termine sur un glacier qui plonge dans la mer. Après le glacier nous nous arrêtons pour manger dans un vallon accueillant, protégé du vent froid qui souffle de l'intérieur. Auparavant, Patrick pêche deux poissons dont il lève les filets dans la foulée, et qui stockés dans un tuperware au fond de l'hiloire, se conserveront sans problème vu la température de l'eau. En début d'après midi, nous entrons dans Manisuptunua, qui est sans doute le plus beau des trois fjords. Au milieu, trois îlots semblent plantés là pour surveiller le trafic pourtant très occasionnel. Derrière, nous nous trouvons en fait à la jonction de deux fjords qui convergent vers la calotte glacière. Nous laissons à droite l'accès au glacier et son décor dégarni pour nous installer sur une plage qui domine les deux fjords. Nous comptons rester là deux nuits. Le bivouac est superbe, mais l'orientation et la montagne toute proche font que nous sommes à l'ombre très tôt, sans oublier les moustiques qui, très entreprenants, nous font fuir sous la tente pour pouvoir manger tranquillement.
LUNDI 17 JUILLET
Nous nous réveillons dans un épais brouillard, mais nous sentons que le soleil est tout proche. Ce matin, notre objectif est d'aller visiter un étroit chenal qui mène à une lagune, et éventuellement de monter en direction de la glace. Avec le brouillard laissant juste passer quelques rayons du soleil, l'endroit est superbe. Plusieurs torrents viennent se déverser dans la mer, au milieu des blocs morainiques. Sur la droite, une vague trace nous inspire et après une heure de montée, nous parvenons au sommet d'une première montagne qui domine un chapelet de lacs colorés blottis au fond d'une vallée lunaire. Le glacier, quant à lui, est beaucoup plus loin et nous n'y accéderons pas par là. Nous essayons un autre itinéraire pour redescendre guidés toujours par une trace qui nous fait éviter les falaises. C'est sans doute un passage utilisés par les rennes dont nous n'avons vu jusqu'à présent que des bois perdus çà et là. Retour au camp après avoir remis à l'eau deux morues trop petites. L'après midi, nous allons en direction de Naujat Sermiat, la cascade de glace la plus proche de notre campement. Un peu avant, nous trouvons un bon endroit pour débarquer afin d'accéder à la bordure du glacier. Celui ci, semble s'être retiré il y a peu de temps abandonnant une multitude de galets et de blocs à la stabilité aléatoire. Du haut de la bosse ou nous arrivons, nous dominons la chute de glace, les crevasses et la bordure de l'inlandsis. Nous déambulons au milieu de blocs colorés et de dalles polies, éblouis par les lacs formés par l'eau de fonte et la glace à perte de vue. Nous avons du mal à quitter cet étonnant endroit et ce n'est que vers 18 h 30 que nous rejoignons notre campement. Les moustiques nous font bon accueil à notre arrivée. Peu importe, ce soir menu de fête : Sandrine prépare des beignets avec les poissons que je viens de pêcher.
MARDI 18 JUILLET
Ciel bas pour cette journée de liaison. Nous descendons le Quvnerssuaq à contre courant et avec le vent dans le nez. Le fjord est assez monotone et le temps gris n'arrange rien. Un renard peu farouche nous occupe un moment. A Nuuta, convergence avec le fjord Qaleragdlit Ima, nous hésitons sur la suite de notre périple. Le mauvais temps vers le large nous incite à revenir vers la calotte glacière ou il fait souvent meilleur. Nous ne le regretterons pas, car si ce nouveau chenal est assez long et qu'il faudra le faire dans les deux sens, après un petit cap, nous apercevons au fond un immense glacier. Nous nous arrêtons observer des colonies d'oiseaux avec leurs petits agglutinés sur les vires de falaises abruptes et après 8 km dans ce chenal nous parvenons à un élargissement où plusieurs glaciers convergent. Nous sommes tout contents de replonger dans une forêt d'icebergs. D'énormes grondements, de véritables coups de tonnerre nous font hésiter à approcher. Nous repérons le campement d'une agence touristique et nous nous allons vers la cote opposée. Tout à coup, nous nous trouvons face à un immense troupeau de rennes qui s'éloigne doucement pour nous laisser la place. Nous installons la tente sur un petit promontoire, ne sachant pas trop jusqu'ou les vagues crées par la chute du glacier peuvent monter. De notre perchoir, nous surplombons une plage de sable où une multitude de glaçons viennent s'échouer. Ceci étant, nous profitons de la fin de la journée pour grimper sur le sommet voisin espérant approcher du glacier. Deux heures plus tard, après un cheminement scabreux, nous sommes arrêtés par une gorge profonde. Malgré tout, la vue est superbe.
MERCREDI 19 JUILLET
Le ciel est plus clair, et nous plions le campement après une nuit ponctuée par les mugissements du glacier Nous entamons le tour de la première baie. Au second glacier, nous décidons de prendre de la hauteur comme à chaque fois que nous le pouvons. La langue de rocher qui sépare les deux glaciers est assez abrupte, mais cela ne nous impressionne pas. Nous trouvons une plage pour les kayaks et nous lançons dans une ascension scabreuse ; alternance de dalles inclinées et d'éboulis de granit à la stabilité incertaine. Nous jalonnons l'itinéraire de cairns afin de retrouver notre chemin. Tant bien que mal nous parvenons au sommet dominant ainsi les trois langues de glace en une vue inoubliable. Il nous aura fallu 3h. Nous poursuivons ensuite notre navigation circulaire, doublant le troisième glacier, moins bruyant mais tout aussi majestueux. Finalement, plutôt que de commencer à remonter le fjord, nous nous arrêtons tôt pour pouvoir encore profiter de la vue sur les glaciers. Visite d'un jeune renne visiblement perdu et petite promenade dans la moraine.
JEUDI 20 JUILLET
Il a plu abondamment presque toute la nuit. Au petit jour, le ciel est couvert, mais le baromètre n'a pas varié d'un millibar. Nous chargeons les kayaks à la faveur d'une vague éclaircie, puis descendons le fjord poussés par un courant qui aurait du être défavorable. En deux bonnes heures, nous sommes au cap Nuk au sud de l'île de Nuata Hana. La traversée du fjord Ikerssuaq nous prend encore une heure, mais les conditions sont relativement bonnes. Nous essayons de trouver l'entrée d'un petit chenal qui au prix d'un petit portage doit nous permettre de rejoindre le fjord de Tunuasak. Nous avons quelques doutes car le passage étroit n'est visible qu'au dernier moment. Nous nous engageons, happés par un violent courant qui nous dépose sans effort dans un lac fermé de toute part. C'est à son extrémité que se situe le portage. Plutôt que de décharger les kayaks, nous les tractons pleins sur l'herbe mouillée. Cela fonctionne assez bien et les deux petits lacs intermédiaires permettent d'économiser nos épaules. Vers 15h, l'affaire est réglée et nous retrouvons l'eau libre après 500m de traversée. Nous arrivons dans des zones moins austères avec des pâturages pour les moutons plus ou moins en activité, et quelques petites maisons colorées.Le temps oscille toujours entre grisaille, bruine et quelques rares éclaircies. Nous sortons du chenal et trouvons un bon bivouac dans une petite crique à l'ouest. La pêche, entamée après le portage nous permet de sortir 7 poissons. Deux passeront à la casserole.
VENDREDI 21 JUILLET
Le baromètre est à la baisse, mais surprise, il fait beau. Nous en profitons pour faire le ménage et la toilette. Visite d'un petit renard surpris au moment ou il se régalait des déchets des poissons péchés la veille. Vers 9 h, au moment d'embarquer, l'iceberg situé juste en face de notre bivouac et haut de plus de 20 m émet un claquement sec. Un gros morceau de glace s'en détache ce qui provoque son déséquilibre. Le voici donc en train d'osciller dangereusement pour finalement se retourner dans un grondement inquiétant. Ce beau morceau de glace a perdu de son élégance et nous, nous sommes quittes pour une petite frayeur face a une éventuelle vague. En fait cela ne donne rien de bien méchant.
Vu la tendance météo en baisse, nous décidons de rallier Narsaq sans faire trop de détours. Nous contournons l'île de Qangua puis zigue-zaguons entre Atdliva et Atdlivap Tunula. Globalement, le paysage est plus bucolique que dans les fjords du nord. Les endroits de bivouac sont nombreux et les chapelets d'îles agrémentent la navigation. En se rapprochant du village, le soleil apparaît et nous retrouvons de nombreux glaçons provenant de l'Isafjord. Nous parvenons au port vers 16h30. Au supermarché, nous refaisons le plein de vivres et comme en Norvège, nous nous laissons piéger par des bières sans alcool. En fait, il faut aller acheter les bières et les alcools fort à un petit comptoir après les caisses. Nous reprenons la mer vers 18 h, pour trouver un bivouac dès que possible, mais le vent s'est levé ainsi qu'une houle de travers qui rend assez pénible cette recherche tardive. Nous trouvons un bon coin après le cap.
SAMEDI 22 JUILLET
Nous traînons un peu, comme le temps qui tarde à se lever. Maintenant que nous allons remonter le fjord qui nous ramène à Narssasuaq, nous savons que nous aurons largement le temps de rentrer même si le temps se gâte. Nous embarquons vers 9h45, poussés par la marée montante et une petite brise d'ouest. Nous avançons à bonne allure en ayant à peine le temps de ramasser au passage quelques moules accrochées à la falaise. En 2 h 30, nous sommes à l'entrée de la baie de Sarfannguit. En fait la deuxième partie est barrée par un rapide qui vient d'un lac. Nous renonçons à y accéder peu motivés par le portage. Nous choisissons de nous arrêter là à coté d'une superbe cascade sur un replat dominant la baie. Un campement, sans doute permanent, est installé non loin de là, mais nous ne serons pas gênés, d'autant que la cascade fait beaucoup de bruit. Il fait de nouveau beau, et nous profitons de la fin de la journée pour faire de la lessive et notre toilette. Le campement voisin se repeuple. Ce sont des pêcheurs équipés de pied en cap comme sur le catalogue Manufrance.
DIMANCHE 23 JUILLET
Ma cheville s'en souvient encore...
Nous avons décidé de monter sur les hauteurs pour voir si possible l'Isafjord et les glaciers qui l'alimentent, vu que nous n'avons pas pu y naviguer comme prévu au début de notre séjour. Le plafond est bas et il n'y a pas de vent, donc il y a des insectes. Pas un, deux ou trois, mais des nuées qui virevoltent autour de nous, affectionnant tout particulièrement les yeux, et tous les orifices découverts. Il nous faut déjà une heure pour aller au bout du lac, départ officiel du sentier mentionné sur la carte. A partir de là, le sens de l'itinéraire et une bonne vue sont indispensables. Ainsi, nous progressons tantôt dans des mousses spongieuses, tantôt dans des arbustes rabougris, en essayant de repérer les cairns qui sont censés indiquer l'itinéraire. Nous prenons un peu d'altitude sur une lande interminable, sillonnée de torrents infranchissables. Les moustiques sont toujours là et les moustiquaires de têtes bricolées en tulle de rideau sont un peu gênantes pour profiter du paysage, toujours aussi gris. A quel moment serons nous dans les nuages ? Après 4h d'errements, nous y arrivons et tombons sur l'unique cabane refuge du plateau, comme quoi, nous sommes sur le bon chemin. C'est une sorte de grosse caisse bancale de 3m de coté, maintenue par des câbles. Nous nous y engouffrons pour échapper enfin aux insectes et cassons une petite croûte. Le temps semble se lever un peu, et nous décidons de poursuivre. C'est de nouveau interminable. Nous parvenons 1h plus tard à une première ligne de crête. Le temps se lève, mais le point de vue ne permet pas de voir le fjord. Nous continuons alors à monter vers la cote 676 m. Ca n'en finit pas, chaque bosse en cache une autre, sans oublier les lacs qu'il faut contourner. Sandrine commence à râler, prête à abandonner. Je ne réagis pas trop, de peur d'avaler un moustique. Enfin, vers 14h30, nous sommes au sommet, complètement cuits. La vue est exceptionnelle! Devant nous, tout est quasiment pris par les glaces et l'éclairage est féerique. Au loin, nous apercevons l'Inlandsis et quelques beaux sommets alpins. Patrick mitraille car nous savons que nous n'aurons sans doute pas beaucoup d'occasions de voir un tel spectacle. Nous ne regrettons pas d'être partis malgré le temps incertain. Hélas, il y a aussi le retour, et nous ne pouvons pas rester trop longtemps. Nous repartons pour un cheminement tout aussi hasardeux vu que nous essayons un chemin plus direct et nous nous retrouvons dans une variante encore plus longue par le fond de la vallée. La plante des pieds commence à sérieusement chauffer et la pluie nous rattrape bientôt. Il nous faudra 4h15 pour retrouver la tente.
LUNDI 24 JUILLET
Réveil 7h30, après 11h de sommeil. Nous plions le campement sous la grisaille. Vers 9h30, juste au moment de partir un fort vent de sud ouest se met à souffler. Le baromètre ne donne aucune indication particulière. Le courant est inverse, et l'association des deux rend la mer très agitée. Nous nous arrêtons au cap Karrat pour attendre de meilleures conditions car nous désirons traverser le fjord. Nous patientons en cherchant de jolis cailloux, jouons aux dés et finalement mangeons. Le vent se calme après l'inversion de la marée, et la houle est moins hachée. Nous traversons sans trop de problèmes et commençons la remontée en direction d'Itilleq. Patrick pèche deux morues. Un peu plus loin, les conditions se dégradent un peu plus. Le vent redouble, et nous commençons à serrer les fesses car il n'y a pas d'abri en vue. Cela devient de plus en plus sportif et de grosses vagues nous poussent dans des surfs que nous avons de la peine à maîtriser. Nous sommes près l'un de l'autre car c'est plus sécurisant mais parfois cela nous gêne pour manœuvrer. Au bout d'une heure trente de ce régime, nous trouvons refuge dans une minuscule crique. C'est petit mais agréable, avec un ruisseau non loin pour prendre de l'eau. Pour nous réconforter, Sandrine nous prépare un menu spécial morue : crue, macérée dans de l'huile d'olive et du citron pour accompagner le pastis ; cuite, dans une sauce à l'ail pour spaghettis. Pour terminer les traditionnels carrés de chocolat...
Nous analysons la navigation et reconnaissons que nous aurions du, face à la météo moyenne changer de programme et suivre l'autre rive du fjord, moins spectaculaire, mais offrant plus d'abris. Le moral ne fait pas tout. De plus, ce fjord, ouvert vers la pleine mer canalise les vents du large.
MARDI 25 JUILLET
Le vent est tombé, la mer d'huile et les premiers rayons du soleil commencent à pointer leur nez. Nous remontons sur Itillec un peu à contre courant, mais cela n'est pas gênant. A l'approche du lieu dit, nous découvrons deux ou trois fermes, entourée de terrains cultivés d'un vert intense, d'autres plus sombres semblent plantés de seigle. Nous accostons sur une plage vers l'embarcadère. Le soleil est généreux et nous quittons les kayaks en tenue légère pour rejoindre le village d'Igaliku situé à quelques km de là, au fond d'un fjord parallèle. Un chemin carrossable traverse les cultures puis arrive au dessus de la baie ou s'étend le village. Les environs sont très verdoyants et des paysans font les foins. Nous descendons vers le port ou se trouve l'épicerie. Nous nous laissons tenter par quelques vivres frais et faisons la rencontre avec un groenlandais francophone et kayakiste occasionnel. Ensuite après un pique nique au-dessus du port, nous allons téléphoner à Jacky pour caler notre retour et donner des nouvelles. Cela est possible à l'espace services, local où on peut aussi se doucher et faire des lessives. C'est un ancien guide GNGL qui assure la permanence et il nous raconte un voyage en France de 6 mois qui lui a été offert par cette agence pour le remercier de son aide. C'est aussi un passionné de minéralogie et il nous explique ses pérégrinations.
Nous récupérons nos embarcations et filons ensuite plus au Nord. Les glaçons se font de plus en plus nombreux pour notre plus grande joie au fur et à mesure que nous approchons de Qoroq. La lumière est splendide et nous prenons le temps de faire quelques photos. Nous nous arrêtons sur la dernière moraine avant d'entrer véritablement dans le fjord. C'est ici que Blue Ice a choisi d'installer sur une butte un camps permanent, mais il n'y a personne. Ce n'est pas par hasard, car le spectacle est éblouissant. Nous profitons du ballet des icebergs qui migrent au rythme des marées.
MERCREDI 26 JUILLET
Il fait toujours beau, mais Jacky nous a prévenus d'un possible coup de vent d'est. Nous hésitons sur le programme et comme toujours dans ce genre de dilemme, il faut prendre de la hauteur. Nous montons donc sur les pentes abruptes de la montagne voisine. Cela nous permet de voir que même si le fjord paraît rempli de glace, il y a largement de la place pour naviguer. La mer est calme alors nous nous décidons à partir. Nous plions le camp, mangeons rapidement et rejoignons le débouché de l'imposante vallée de Qorqup en moins de 2 h. La rivière coule sur un lit de graviers, large de près d'un km ; et comme nous sommes à marée basse, des glaçons de toutes tailles ont été déposés sur la grève. Au-dessus, de beaux sommets encore enneigés dominent et encadrent cet endroit perdu. Le fond du fjord en direction du glacier paraît comme toujours au niveau de la mer bien encombré. Nous revenons donc en suivant l'autre rive. Il faut un peu chercher notre passage dans les glaces, poussant les petits évitant les gros. Nous trouvons un bivouac à la sortie du fjord, en direction de Narssasuaq.
JEUDI 27 JUILLET
Le beau temps semble s'être installé sur la région. Le mercure grimpe en flèche et affiche 20° quand il n'y a pas de vent. Nous mettons le cap sur Qassiarssuk de l'autre coté de la baie, tournant définitivement le dos aux glaces. De loin, ceux ci prennent des allures de building sous l'effet trompeur des reflets dans l'eau. La cote rocheuse avant le village est intéressante. Les petites falaises de couleurs variées oscillent du rouge au jaune en passant par le vert de gris et l'ocre.
Qassiarsuk est la ville d'Erik le Rouge et un monument en sa mémoire domine le port. Pour le reste, le village est assez traditionnel avec son habitat dispersé, ses cultures soignées, son KNI et son port qui se résume à un simple ponton. Nous trouvons un petit coin de bivouac à l'écart des maisons. Laissant les kayaks, nous prenons le chemin qui traverse la péninsule pour aller à Tasiusaq. Sept km séparent les deux villages. Nous nous contenterons des quatre premiers, histoire de dominer l'autre coté. De toute évidence, la ballade sur les amonts du Equalorutsit fjord mériterait le détour, mais il faut compter plusieurs jours de marche.
VENDREDI 28 JUILLET
Grand beau temps, pas un nuage. C'est notre dernier jour de navigation. Nous remontons le fjord. Le paysage devient plus uniforme, et moins abrupte. Sur chaque rive, il y a des pâturages et des prés jalonnés de fermes. A l'aide de pelleteuses, les fermiers transforment cette terre aride, parsemée de blocs de granits en des prairies fertiles. Le travail semble titanesque, mais les résultats sont visibles. On trouve même une petite pinède d'arbres hauts de 5 à 10 m. Du jamais vu depuis que nous naviguons ici. Au fond de la baie, une dernière exploitation est implantée sur le bord du delta d'une grosse rivière aux eaux laiteuses. Nous faisons demi tour, manquant d'énergie pour aller marcher, il faut dire que les points de vue intéressant sont loins. Pour nos derniers coups de pagaie, le vent nous offre une ultime résistance. Il faudra donc un peu plus de 2h30 pour rejoindre le port de Narsassuaq. Nous téléphonons à Blue Ice dès que nous avons déchargé et rangé les kayaks et on vient nous chercher. Il y a beaucoup de monde à l'auberge et nous plantons la tente à coté pour profiter des commodités et rester loin du bruit. Nous profitons des douches pour rincer notre matériel et du soleil pour le faire sécher.
SAMEDI 29 JUILLET
Il nous reste à découvrir les alentours de Narssassuaq. Nous voulons aller profiter du point de vue au sommet du Mellem Landet. Debout 6h, en piste vers 7h45. Nous connaissons le début du sentier, mais, bien vite, celui ci se perd dans les landes vallonnées ou les repères ne sont pas toujours évidents. Notre premier objectif est un petit sommet à l'Est du point culminant. Il nous faut 4h pour y arriver et les moustiques sont de nouveau là. Cela joue beaucoup sur le moral et pour lutter contre eux nous avons le choix entre les moustiquaires de têtes en rideaux ou d'agiter le même bout de tissu en permanence devant le visage Soit on ne voit rien, soit on risque la tendinite ou le coquard lorsqu'on se prend dans l'œil la boucle de serrage de la dite moustiquaire. Dans tout les cas, la fatigue venant, Sandrine ronchonne un peu. Comme à chaque fois le premier sommet n'a pas assez de vue et il faut faire une immense boucle dans les éboulis pour arriver au belvédère adéquat. La encore la vue ramène la bonne humeur. Nous dominons non seulement le glacier de Qoorok mais aussi nous sommes en face d'une multitude de sommets jaillissant sur la bordure méridionale de l'inlandsis. Nous craquons malgré la fatigue et montons encore un peu vers le sommet principal, ce qui permet d'avoir plus de vue vers l'ouest et le nord. Pour descendre il nous faut autant de temps qu'à l'aller. Le soir, nous discutons avec Miguel un jeune guide de kayak qui travaille pour un tour opérator Espagnol.
DIMANCHE 30 JUILLET
Dernier jour...Le temps est splendide, et c'est avec un peu de nostalgie que nous partons voir le glacier en amont de Narssasuak. C'est une superbe ballade qui nous emmène sur une butte dominant la fin du glacier. Nous croisons plusieurs groupes de touristes pas toujours très aguerris. Retour en début d'après midi pour plier bagage, confirmer les réservations d'hôtel à Copenhague et cuire le pain du soir Au Blue Ice café, nous feuilletons les brochures publicitaires, mai aussi plusieurs ouvrages sur des périples au nord et à l'est du Groenland. C'est a peu près sur, nous reviendrons...
Renseignements pratiques
- Location de kayaks :
Sur Narsarsuak il n’y a que Blue Ice pour louer des kayaks. Leur parc est composé de Seayak (Prijon) de Necky et d’autres embarcations en polyéthylène. Ils peuvent également louer des vêtements semi étanches (2 pièces), mais pas de combinaison intégrale (www.blueice.gl).
Plusieurs organismes proposent des séjours dans le secteur (GNGL, Peuple Nomade…). Le coût est forcément plus élevé et certains organismes ne disposent que de Nautiraids (kayaks pliants moins plaisants sur l’eau).
- Sécurité :
Pour la communication, nous disposions d’une VHF. A l’usage, il ne faut pas trop compter dessus dès que l’on s’éloigne des fjords principaux. Le seul moyen de communication vraiment efficace reste le téléphone satellite.
- Météo :
Il est difficile d’obtenir des bulletins météo fiables et précis. Dans les ports (rares) on peut avoir quelques infos sur les tendances météo générales mais les conditions varient énormément sur des distances réduites. Blue Ice utilise des prévisions météos fournies par une station Islandaise via Internet. De notre côté, nous avons opté pour une petite station météo autonome (baromètre électronique avec enregistreur, Vion marine 4000). C’est un bon indicateur qui peut alerter en cas de modification importante de la pression. En revanche il ne faut pas imaginer prévoir la prochaine averse ou le petit coup de vent du à la proximité des glaciers.
En règle générale, les conditions météo sont comparables à celles rencontrées en Bretagne. Sur 22 jours de navigation, nous avons eu 4 journées de pluie (20%), 10 de grand beau temps (45%) et le reste avec un temps couvert et variable mais peu humide. Les températures descendent rarement au dessous de 8 à 10 °. Certains jours, le mercure a dépassé les 20°.
En revanche, il faut se méfier des coups de vents qui peuvent être brutaux et violents. Ceux de secteur est peuvent être redoutables, et dans ce cas, la tente doit être bien orientée et bien ancrée.
De manière générale, plus on s’approche de la calotte glaciaire et plus on a de chance de trouver du beau temps.
- Les dangers dus à la glace :
Les premiers jours, on est bien sur tenté de s’approcher des « glaçons » qui flottent autour de soi. Ceux-ci ont des comportements totalement imprévisibles et indépendants de leur taille et de leur forme. Ils peuvent se retourner, se disloquer ou s’effondrer sans raison apparente. Il est donc préférable de se tenir à distance. Il en va de même pour le front des glaciers.
Par ailleurs, la densité de la glace varie en fonction de la marée et du vent et il faut veiller à ne pas se laisser pieger par la migration des glaçons qui peuvent fermer temporairement un fjord.
- Logistique :
On trouve tout ce dont on a besoin, mais parfois à des prix de 2 à 4 fois plus chers qu’en France. Nous avions prévu dans nos bagages plus d’un kg de chocolat, des fruits secs et des barres de céréales. Sans oublier un demi litre d’huile d’olive et des épices divers. Nous ne l’avons pas regretté, il y a peu de choix au point de vue sucreries.
Nous avons apprécié les préparations pour crêpes et celles pour faire du pain à l’auberge ; car il n’y a pas de boulangerie et il n’y a pas toujours de pain longue conservation.
Les produits anti-moustiques coûtent 15 €, les produits de soins comme du dentifrice 3€…
Nous avons utilisé notre réchaud à alcool sans problème, on trouve du combustible dans toutes les épiceries à 2 € le demi litre (bouteilles plastic bleue marque Borup Husholdnings Spirit vendu comme détachant). Jacky peut aussi en fournir, mais c’est quasiment le double.
- Commerces à Narsaq :
Il y a un grand supermarché ou il y a un choix assez vaste, mais aussi une petite supérette située juste au dessus de la baie en allant vers les immeubles. On y trouve d’autres produits intéressants et différents comme des pâtes chinoises en sachet, alors qu’au supermarché elles sont conditionnées comme des Bolinos
Il y a aussi dans l’entrée du supermarché une vraie boulangerie.
Nous aimons bien nous faire un petit apéro le soir. Vu les prix pratiqués, même dans l’aéroport de Copenhague, nous n’avons pas regretté d’avoir fait nos provisions en France. Pour info, le moindre alcool coûte 300 kr et le vin au moins 100kr pour un malheureux rouge sans appellation.
Le supermarché est bien achalandé et on trouve pour 75kr une carte plastifiée de la zone à l’échelle 1/250000. Il y a aussi un peu de matériel de camping et du matériel de pêche.
- Budget pour deux :
(1 euro = 7,46 DKK ; 1 DKK = 0,14 euro)
Avion : 2014€ en s’y prenant 6 mois à l’avance depuis Lyon (agence GNGL)
Hotel Copenhague (près de l’aéroport) deux nuits avec petit déjeuner : 250 €. C’est hors de prix, mais il est difficile de faire l’impasse vu le peu d’avion en direction du Groenland.
Nous avons pu laisser nos bagages dans une consigne automatique de l’aéroport : 15 €.
Métro pour l’hôtel : 25 €
Nourriture achetée sur place : 390 €
Auberge de jeunesse de Narsarsuaq : 2 nuits en chambre : 70 €, et 3 nuits en camping : 105 €
Location kayak plus navette à Narsaq : 1360 €
Cartes : 100 €
Budget et prix :
Au total, ce séjour nous a coûté 4200 € tout compris pour 3 semaines sur place à 2 personnes.
- Liens :
Blue Ice, le site de l’agence de Jacky Simoun : www.blueice.gl, adresse : info@blueice.gl
Office du tourisme groenlandais : http://www.greenland-guide.dk/
Canoë-kayak en arctique, le site perso de Ch. Roux : www.cgrizz.com/
G.N.G.L. : agence de voyage spécialisée dans les destinations arctiques : http://www.gngl.com/
Peuple nomade, voyages et formation au kayak de mer : http://peuplenomade.com
- Bibliographie :
- G.N.G.L. (2004) : Groenland, Kalaallit Nunaat, Guides Grand Nord. Ce petit guide très bien conçu a été réalisé par des passionnés du grand nord. C’est une mine de renseignements incontournable.
- François Parigot (2004) : « Groenland 2004, expédition ancienne route des kayaks », Connaissance du kayak de mer, septembre 2004, n°102 p.42
- Mickael Vogeley und Ingrid Ferschoth-Vogeley (1996) : Grönland mit Baffin Island. Editions Bruckman (Abenteuer Trekking). Il s’agit d’une compilation d’itinéraires à pied, à ski et en kayak)
- John Andersen (2006) : Grønland På oplevelse i kayak, éditions Gyldendal. La cote est du Groenland en kayak, superbes photos.
- Cartes :
Il existe plusieurs sortes de cartes :
- Cartes marines au 1/80 000 : on les trouve assez difficilement sur place et elles coûtent relativement chères (165 kr)
- Cartes au 1/250 000 : disponible sur commande au Vieux Campeur. Pour notre périple, il en fallait 4 (env. 20 euros pièce). On les trouve également sur place sous des formes diverses notamment plastifiées et assemblées en un seul document (moins chères). ( http://www.greenland-guide.gl/sagamaps/ )
- Cartes au 1/100 000 : ce sont sans doute les plus commodes à utiliser surtout si on envisage de faire également de la marche à pieds. Les sentiers, les ruines, les cultures sont indiquées et leur coût reste raisonnable (env. 12 euros pièce). Deux cartes couvrent une bonne partie du secteur.
07 octobre 2006
Colombie Britannique (juillet 2004)
Jeudi 8 juillet :
Stéphane, guide dans l’agence qui nous loue les kayaks, nous a réservé une nuit à l’hôtel près d’un supermarché. En attendant d’avoir de ses nouvelles nous allons faire nos courses. Il nous rejoint et s’occupe de nous aider dans les derniers achats et préparatifs : alcool, cartes, annuaire des marées, location de VHF. Nous allons ensuite voir les kayaks et commençons leur chargement. Nous ne sommes pas autorisés à partir dans la foulée car la location commence le lendemain. Il nous emmène donc dans une petite aire de camping à quelques km.
Vendredi 9 juillet
Stéphane nous récupère et nous emmène à notre point de départ. Nous embarquons vers 10h. Le temps est couvert, mais il ne pleut pas. Le Malaspina Inlet est un long chenal bordé d’îles. Dommage qu’il y ait autant d’exploitations d’ostréiculture. A mi parcours, la pluie commence à tomber et c’est le moment choisi par les phoques pour faire leurs premières apparitions. Nous voyons aussi notre premier aigle à tête blanche qui est l’emblème de la région. A la sortie du Channel, un rayon de soleil nous accueille le temps du repas. Nous nous arrêtons sur une plage de galets. Nous testons la purée lyophilisée qui de par leur emballage où on peut mettre l’eau chaude sont très pratiques et très bonnes. En face de nous, une troupe de phoques se prélassent et s’amusent autour d’un minuscule récif. Nous repartons avec la pluie qui devient très dense. Nous longeons Kinghorn Island (infestée de ratons laveurs) et mettons le cap sur Martin Island ou nous installons notre bivouac. Pour monter les bateaux, nous utilisons les nombreux morceaux de bois flottés pour faire glisser les kayaks sur ces rondins. La pluie cesse peu à peu et nous pouvons manger dehors sous notre poncho tendu entre deux arbres. Un écureuil peu farouche nous tient compagnie. (20km)
Samedi 10 juillet :
Le temps est couvert et il ne pleut pas. Ayant pris conscience des limites de notre poncho pour faire un abri repas, nous décidons d’aller à Reuge Cove pour tenter de trouver une bâche à l’épicerie.Le petit port très pittoresque compte un café et un commerce polyvalent où nous trouvons la classique bâche bleue. Nous voici donc prêts à affronter les intempéries. Mais, la météo s’améliore et le soleil commence à faire de timides apparitions. Nous décidons d’aller nous installer sur l’une des îles de Curme. La première est déjà prise. La seconde nous offre un magnifique petit belvédère qui domine Désolation Sound. Nous installons notre tente et remettons un peu d’ordre dans les affaires encore trempées de la veille. Il fait beau et nous en profitons dans cet endroit idyllique.
Vers 17h, un couple de canadiens nous demande l’autorisation de s’installer sur la butte voisine. Pas de problème pour nous. 16km
Dimanche 11 juillet
Il a plu durant la nuit. Le ciel est couvert. Nous laissons le bivouac installé et mettons le cap à 8 h direction Tenedos bay. Il n’y a personne sur l’eau et au passage nous faisons un petit détour par un récif découvert repéré par Sandrine. Une colonie de phoques occupe le terrain, mais ils déguerpissent à notre approche. Nous les observons longuement, ils jouent à cache-cache et nous suivent dans notre progression. Nous débarquons au fond de la baie à l’embouchure d’un ruisseau provenant d’un lac. Un sentier nous y conduit. Nous empruntons ensuite un autre petit chemin dans la forêt humide inextricable. Il n’y en a pas beaucoup et nous en profitons dès que l’occasion se présente car autrement aucune randonnée n’est possible. Au bout d’une bonne heure de marche, nous faisons demi-tour désespérant de trouver un belvédère pour avoir un peu de vue. Un couple de kayakistes ventrus nous attend sur la plage et nous informe qu’un animal a dévoré notre réserve de bombons et de chocolat laissant les papiers au large. Nous avions oublié de fermer nos hiloires et le matin, avions mis une partie des sucreries dans un petit vide poche de l’hiloire par flemme de rouvrir un coffre. Nous sommes dégoûtés, le chocolat c’est sacré, et ici, il est hors de prix. Cela nous servira de leçon, mais du coup, nous avons un doute pour nos réserves de nourriture laissées au campement. Nous y retournons dare-dare et tombons sur les Canadiens qui s ‘apprêtent à partir. Devant nos malheurs, ils nous offrent 2 tablettes de chocolat. C’est beau la solidarité… Dans leur coffre, il y a aussi 2 bouteilles de whiskies, deux bouteilles de vin, du Belley… pour quelques jours de randonnée seulement. Nous comprenons mieux leur réveil tardif.
L’après midi, nous allons naviguer dans l’archipel des petites îles de Prideau Haven et de Mélanie Cove. Sympa, mais très occupé par les plaisanciers. 25km
Lundi 12 juillet :
Nous nous sommes couchés tôt, et du coup, le réveil se fait à 5h45.Nous quittons avec regret notre île et embarquons vers 8h sous un soleil radieux. Pour la première fois, nous voyons les hauts sommets enneigés qui s‘élèvent au-dessus d’Homfray channel. Nous allons visiter au passage la Roscoe bay qui est un étroit chenal donnant à un lac à l’eau très douce. 5 min de marche permettent de s’y rendre. Nous poursuivons ensuite la remontée du Channel en longeant la rive ouest agrémentée de quelques îles. C’est un peu monotone, et il y a souvent des élevages d’huîtres constitués de flotteurs plastic son peu esthétiques. Vers 15h30, nous parvenons enfin à Walsh cove, un superbe endroit bordé de falaises sombres et occupé par trois îlots dont le plus confortable accueillera notre bivouac. Un groupe de 5 kayakistes avec un guide nous rejoint quelque temps plus tard. 28km
Mardi 13 juillet :
Nouveau réveil matinal. Départ à 8h La sortie plus étroite du channel ne pose pas de problème de courant. Par contre, quand nous traversons le Pryce Channel, en direction de Toba, le vent se lève un peu. Il forcit lorsque nous longeons la rive sud de Toba inlet. Vent contre marée, ce n’est jamais très bon… Nous en bavons un peu pour gagner une baie ou nous accostons vers midi. Il s’agit d’une ancienne exploitation forestière ravagée par les crues du ruisseau qui l’occupe. Il ne reste guère plus qu’une maisonnette à moitié effondrée, digne de celle de la ruée vers l’or de Charlie Chaplin. Toba Inlet n’est pas très fréquenté, et les bateaux sont rares. Nous repartons en amont, le vent s’étant un peu calmé. A Snout Point, nous décidons de changer de rive et de faire demi tour, car aller au bout du fiord semble assez fastidieux et les bivouacs sont rares. Nous revenons sur Brem bay, occupée par une importante entreprise de débardage. Malheureusement, la zone est marécageuse à souhait et il n’y a pas possibilité de bivouaquer sinon au milieu de l’aire de débardage. Nous croyons à notre bonne étoile et repartons. Nous commençons à en avoir plein les bras, et pour clôturer le tout, nous nous retrouvons avec le vent dans le nez. Nous trouverons enfin un providentiel campement avec juste la place pour la tente dans le lit chaotique d’un gros torrent après avoir parcouru près de 35km. Nous apercevons dans le limon des traces qui ressemblent à celles d’un ours, et ne sommes pas très rassurés. Nous laissons toute la nourriture dans les kayaks, mais est ce une bonne idée ?
Mercredi 14 juillet :
Il ne s’est rien passé durant la nuit. Il fait grand beau, et nous traînons jusqu’à 6h30… Ensuite, grand nettoyage : douche, rasage et lessive dans le torrent. Départ à 10h. La mer est plate et nous avançons bien, Sandrine rasant de près la rive comme à son habitude. Tout d’un coup, un ours la fait sursauter et s’écarter à toute vitesse. Il s’agit d’un beau spécimen d’ours brun, mais il ne demande pas son reste et s’enfuit dès qu’il nous voit. Plus loin, la cote devient plus variée, et le long de belles falaises, nous profitons de la vue de cascades spectaculaires.
Vers 15h, nous parvenons à l’île Elisabeth. Un emplacement de bivouac nous tente, mais il est encore tôt et nous sommes en forme. Nous mettons le cap sur l’îlot situé vers la rive opposée puis sur l’île de la pointe Connis. Dans les deux cas, le bivouac semble délicat. Les îles sont très escarpées. Nous poursuivons dans le Deer passage en espérant nous installer dans Redonda bay. Finalement, nous trouvons un endroit un peu avant. Le soleil tape dur mais le site est joli. 27 km
Jeudi 15 juillet :
Lever 6h, il fait toujours très beau. Nous continuons à longer la cote en direction de Redondo bay. Celle ci est occupée par une exploitation ostréicole et par une importante infrastructure de débardage. Autant dire que ce n’est pas un campement idéal. A la sortie de la baie, nous mettons le cap sur les îles ‘Rendez vous`. La première abrite un superbe lieu de bivouac où nous trouvons un groupe de 10 kayakistes prêts à repartir. Nous longeons les falaises de la première île et dérangeons une colonie de phoques. La seconde île est plus petite, et il y a des petites maisons. Nous contournons la troisième par l’extérieur, occupée par de belles villas de styles très différents. Certaine paraissent délabrées, ravagées par les intempéries, alors que d’autres font figures d’hôtel quatre étoiles. Lorsque nous entrons dans le White rock passage, le vent s’est levé, et ralentit notre progression. Juste avant de traverser le chenal pour atteindre l’île Goepel; nous rencontrons un véritable fleuve du à la marée. Nous arrivons à traverser sans problèmes malgré notre peu de technique rivière. Arrivés à l’envers de l’île, nous découvrons un des plus beaux coins de bivouac de notre séjour. Seulement, pour l’atteindre, il faut à nouveau franchir un véritable rapide. Nous tirons les kayaks depuis le bord, c’est plus facile.
Le soir, pendant que Sandrine fait cuire des pan cakes, Patrick essaie de comprendre le rythme des marées et des courants qui s’inversent sans tenir compte des infos fournies par les cartes. Petite promenade sur l’île, longue discussion avec un écureuil peu farouche et rêverie devant le paysage de rivière tumultueuse. 28km
Vendredi 16 juillet :
Le temps est couvert, mais cela ne dure pas. Nous sommes réveillées par toute sortes de bruits d’animaux dont le plus bruyant est notre voisin l’écureuil. Patrick croise plus tard un daim qui a élu nous ne savons pas comment domicile sur l’île. Nous laissons le bivouac installé et partons à marée descendante pour un petit tour du coté de Waiah bay. Nous ferons demi tour avant d’arriver dans la zone ou des tourbillons sont marqués sur la carte. Il y a du courant, mais cela passe bien et nous franchissons la gorge sans encombre. Sur la rive est, nous pagayons le long de quelques îles puis le paysage devient plus monotone. Dans la plupart des baies, de petites maisons de pécheurs occupent le terrain. Il est donc bien difficile d’accoster, mais nous prenons plaisir à contempler le fruit de l’inventivité des amoureux de la nature qui se sont installé ici.
Après avoir contourné les îles Octopus, nous entrons dans Waiatt baie. Des petits chenaux protégés par un chapelet d’îlots servent de refuge à quelques voiliers. Avant le fond de la baie, nous faisons une petite pause casse croûte. Sandrine en profite pour ramasser quelques belles palourdes qui agrémenteront le repas du soir. Le fond de la baie est une plage vaseuse qui se prolonge par un sentier rejoignant une baie affluente de Discovery passage. La forêt est superbe, mais nous ne nous attardons pas car la marée monte et nos kayaks ne sont pas bien protégés. Retour au bivouac en profitant un peu du courant malgré le vent contraire. 30km
Samedi 17 juillet :
Beau temps. Nous plions tranquillement notre bivouac et embarquons vers 9h. Le courant est contre nous dans l’Hoskyn Channel, mais en longeant la cote, les contre courantsnous aident. Sur la rive, nous faisons fuir un daim et son petit. Nous croisons un kayakiste avec qui nous discutons un peu. De temps en temps, de petites maisons de bois isolées. A l’approche de Conville bay, nous découvrons un panorama très différent, largement ouvert sur les montagnes de l’île de Vancouver. Petit détour par le Crescent channel qui contourne Bold island. C’est joli et varié. Nous entrons ensuite dans Village bay ou nous laissons les kayaks pour aller voir le lac du même nom. Le début du sentier est assez difficile à trouver (rive gauche du ruisseau) mais le décors est très sauvage. Le lac semble être une immense piscine naturelle. L’eau y est douce et une route permet d’y accéder par le centre de l’île. Nous en profitons pour refaire le plein d’eau puis nous mettons le cap vers Hériot bay. Seul sur son bateau, un vieux monsieur déchiffre laborieusement une partition et joue de la flûte. La 9° symphonie de Beethoven marquée par chaque note résonne dans la baie. Au moins là, il ne risque pas de casser les oreilles de ses voisins. Heliot bay est un bourg assez touristique. Le trafic des hors bords est plus dense et plus bruyant. Sur place, nous trouvons un supermarché ou nous rachetons des vivres. Nous ne nous attardons pas, et délaissant le camping bondé nous allons nous installer sur l’île Breton, au milieu de la baie. Il y a quelques canettes qui traînent sur la plage, c’est la première fois que nous trouvons des ordures. Le temps se couvre un peu. 27km
Dimanche 18 juillet :
Le ciel est couvert, les moustiques ont envahi le double toit et nous traînons au lit jusqu’à 7h30. Nous embarquons finalement avec la ferme intention de faire une petite journée. Le soleil revient peu à peu et nous rejoignons Read Island sur une mer sans ride. La cote est assez découpée et sur un petit récif découvert à marée basse, nous surprenons une colonie d’une dizaine de phoques qui hésitent à se remettre à l’eau.
Nous nous arrêtons plus loin dans Lake bay qui communique avec un lac par un ruisselet que nous ne remontons pas faute de sentier. Cependant, il coule assez pour que nous en profitions pour faire toilette et lessive. Il était temps. Nous repartons en début d’après midi, tout beaux tout neufs avec la ferme intention de nous poser dès que possible. Dans Burdwood bay, après les îlots, nous trouvons un endroit à notre goût avec quelques vestiges d’aménagement. Petite ballade sur le sommet de la colline voisine et nous nous couchons vers 21h. Le vent se lève. 10km
Lundi 19 juillet :
Le vent a soufflé très fort cette nuit. Des rafales avec de violents pics nous ont réveillés à plusieurs reprises. C’est très impressionnant, nous avons l’impression que la forêt va nous tomber sur la tête. Il ne pleut pas, mais la mer est agitée. Nous plions quand même, mais au moment de charger, le vent forcit à nouveau. Nous laissons tout en plan et partons faire un tour à pied vers le centre de l’île. Rapidement, nous tombons sur une belle piste carrossable qui finit par rejoindre la baie Evans située plus au nord. Là, nous parvenons à une concentration de petites maisons ou nous faisons la connaissance de Mike, un sexagénaire jovial qui prépare sa future retraite en aménageant le site d’une future cabane. Pendant que nous essayons de converser, moi dans un anglais très approximatif et lui à la façon américaine (un chewing-gum dans le fond de la bouche), Sandrine discute avec des plaisanciers pour avoir la météo. Le vent devrait se calmer. Sur ce, nous retournons à nos kayaks et embarquons dans un bon force 5 dans la figure. Plus loin, cela ne s’arrange pas et nous envisageons même de nous arrêter. Malheureusement, il n’y a pas de bivouac très accueillant, et nous continuons notre route pour arriver dans la troisième baie ou nous trouvons enfin un îlot. Le vent souffle toujours aussi fort puis se calme dans la soirée.
Mardi 20 juillet :
Réveil à 6h. Le vent s’est calmé mais le ciel est tout gris. La faible progression des jours derniers nous incite à ne pas traîner et nous partons à 7h45.Un petit détour par les maisons situées de l’autre coté de la baie nous permet de refaire le plein d’eau dans un ruisseau. Nous sortons d’Evans bay et le vent se remet à souffler, heureusement moins fort que la veille. Nous traversons le Whale passage, longeons les Penn Islands par le sud ouest et coupons le Sutl channel en direction de Von Donop inlet. Nous avons le vent et le courant dans le nez. Nous le remontons complètement en visitant chacune des petites baies latérales. A son extrémité, nous laissons les bateaux sur la grève vaseuse et suivons le petit sentier qui rejoint Squirrel Cove une baie située de l’autre coté de l’île. La foret est belle, et le chemin confortable. Au bout d’1,5 km, nous débouchons de l’autre coté C’est aussi bien vaseux.De retour aux bateaux, nous repartons et nous arrêtons au Camp site situé à la confluence de deux Inlet. Le coin est très accueillant et nous sommes à coté des fameux rapides qui protègent le lagon Von Donop. La pluie arrive. 25 km
Mercredi 21 juillet :
Lever 6h. Les bateaux de pêcheurs ancrés dans le fond de la baie nous ont réveillés bien avant.
Le temps est couvert, mais le baromètre est en hausse. Du coté des reversing rapids, la situation a bien changé, et c’est pratiquement l’étale alors que la veille c’était un rapide en chicane impressionnant. Nous renonçons à aller dans le lagon, car il faut calculer précisément l’horaire de sortie et c’est trop contraignant à notre goût. Nous repartons vers la sortie de Von Donop Inlet, et les nuages commencent à se déchirer. Nous longeons l’île de Cortes en visitant chaque baie. Elles sont plus habitées parsemées de cabanes personnalisées. Le soleil tape dur lorsque nous atteignons Whaletown bay. Nous en profitons pour faire quelques courses et pour tenter de recharger les batteries de l’appareil photo. Le commerçant fait tout son possible, mais le chargeur ne veut rien savoir. Patrick maudit la technologie.
Nous reprenons la mer en direction de Georges Harbour et trouvons un superbe coin de bivouac juste en face de Marina island et de Shark spit, grande bande de sable s’agrandissant avec la marée descendante. Nous profitons de la vue sur le Georgia Strait avec en toile de fond les montagnes enneigées de l’île de Vancouver. 24 km
Jeudi 22 juillet :
Nous quittons notre île à marée haute direction Georges Harbour. Le temps est toujours beau. L’entrée de la baie est spectaculaire. C’est une gorge sur les flancs de laquelle des gravures ont été faites par les indiens. Nous faisons ensuite le tour de la baie, mais cela n’est pas très intéressant. Il y a beaucoup d’élevages d’huîtres et de moules. Nous nous arrêtons à la marina pour faire le plein d’eau, des courses, et tenter de recharger l’appareil photo. A l’épicerie, nous tombons sur une vendeuse Québécoise très sympathique qui parvient à faire marcher notre chargeur malgré l’air réprobateur de sa patronne plutôt acariâtre. Nous repartons ensuite vers Manson landing, une baie qui se vide presque complètement à marée basse. C’est un haut lieu touristique. Nous allons malgré tout nous baigner dans un lac situé à 15 mn du fond de la baie. C’est un bel endroit, avec une plage de sable fin. .
Nous reprenons la mer à marée basse pour contourner le long cap de Sutil point. La lagune émergée nous oblige à faire un large détour par l’ouest et, au cap, après 2h nous devons nous rendre à l’évidence qu’il sera impossible de débarquer, car il y a des rochers acérés sur plusieurs centaines de mètres.. Qu’à cela ne tienne, nous traversons 4km en direction des Twin islands. Hélas, elles sont privées et tout les 100m de beaux panneaux nous rappellent qu’il est interdit d’entrer. Cela devient pesant et nous remontons la cote de l’île vers le nord. Revenus finalement sur la cote de l’île de Cortes, nous débarquons enfin sur une plage ou nous trouvons tout juste un espace pour la tente. Mais à peine avons nous terminé, qu’un individu chargé de la surveillance du secteur débarque pour nous dire que c’est totalement interdit. Nous discutons et finalement ; il consent à nous laisser pour la nuit et repart dans son kayak de plage.
Nuit de plomb après 32 km. Nous avons vu beaucoup de loutres dont une famille au complet. Nous avons aussi sauvé un bébé phoque qui était coincé dans une fissure de rocher. Nous l’avons aidé à retrouver la mer, en espérant qu’il parvienne à retrouver sa mère…
Vendredi 23 juillet :
Le temps est calé sur beau. Nous ne sommes pas pressés et continuons de longer la cote jusqu’à la pointe Mary. Nous visitons au passage les différentes baies. Nous traversons en direction des Powell islands sur une mer d’huile mai avec une chaleur accablante qui nous invite à la baignade. Sur la deuxième île, nous commençons à rencontrer des phoques qui se prélassent au soleil. Sur un îlot voisin peuplé par des colonies d’oiseaux, nous en dérangeons d’autres qui dormant profondément et ne nous voient pas venir. Nous campons le soir sur la première île de Copeland à coté d’un bivouac aménagé avec plate-forme, wc et tout le taintoin. Patrick essaie de faire des esquimautages, mais c’est le fiasco complet. 20km
Samedi 24 juillet :
Toujours grand beau temps ! mais avec un peu de vent N-NW. Nous faisons tout un circuit au travers des îles Copeland. Nous voyons encore quelques phoques, mais il y a plus de bateaux. Nous remontons ensuite vers le nord puis traversant l’embouchure de Malaspina inlet, nous nous installons sur la petite île de Galley Bay. Il y a pas mal de voiliers mais nous n’avons guère le choix. 23km
Dimanche 25 juillet :
C’est notre dernier jour de kayak. Le vent est au rendez vous et nous l’avons dans le nez jusqu’au cap puis en entrant dans le Malaspina inlet, il se conjugue avec le courant pour nous pousser. Premier détour par la première baie sur la Gifford peninsula. C’est assez joli et varié. Nous entrons ensuite dans Lançelot inlet. Au premier abord, c’est assez rébarbatif, mais la première baie sur la rive nord nous dévoile une série d’îlots sur fond de montagnes escarpées.
Du coup, nous décidons de pousser une petite reconnaissance dans le Théodosia inlet. Malgré quelques déboisements sévères, ce chenal reste très sauvage et nous regrettons de ne pas pouvoir aller le visiter jusqu’au bout. Nous rencontrons ensuite un employé des cultures d’algues voisines. Son anglais un peu bourru et difficile à comprendre ne semble pas traduire un accueil très chaleureux. Il en va de même pour ses acolytes qui arrivent et que nous ne semblons guère intéresser. Nous faisons demi tour. Vers 15h30 nous débarquons à P.R. Sea Kayak ou se termine notre navigation. 29 km Au total, en 17j de navigation, nous avons parcouru un peu plus de 400 km en ne couvrant qu’une petite partie du détroit séparant l’île de Vancouver et le continent. Cela laisse imaginer le formidable terrain de jeu qu’il reste à découvrir.
09 avril 2008
Archipel des Tarutao (Février 2008)
Samedi 16 et dimanche 17 février 2008 : Le trajet pour arriver à Pak Bara n’est pas de tout repos. Après un premier vol Lyon Amsterdam de 2h, nous devons attendre 4 h notre correspondance pour Bangkok. Suivent 10 h 30 de vol avec China air line durant lesquelles nous parvenons à dormir un peu. A Bangkok, nouvelle agrémentée d’un changement d’aéroport pour prendre la ligne intérieure qui nous emmène à Hat Ya. Nous avons pris un bus local à l’aller plus pittoresque mais on porte plus les bagages et un taxi au retour. Il faut plus de 2 h pour ce transfert, mais nous avons constaté sur place que d’autres vols partaient du même aéroport international pour Hat Yai. Là, nous trouvons facilement un taxi qui nous emmène à la guesthouse de Pak bara que nous rejoignons en 2h. Il est 17h heure locale. Notre voyage a duré 23h. Nous faisons connaissance de Tom un guide Tai de l’agence qui a apporté les kayaks depuis Phuket et qui guidera ensuite un couple quelques jours dans les îles. Nous fignolons les préparatifs, arrêtons les dates des transferts en bateau entre le groupe d’îles de Ko Lipe, la grande île Tarutao et le retour vers le continent. Il y a aussi des ferrys, mais le fait que nous soyons 6 rend aléatoire la possibilité d’embarquer sur un ferry de façon sur quand nous le voudrons. Nous faisons goûter le pastis de notre premier apéritif à Tom et le suivons ensuite dans un restaurent ou nous retrouvons avec plaisir les saveurs de la cuisine Tai. Ensuite nous allons dormir avec, pour certain, une nuit agitée, compte tenu du décalage horaire, des coqs qui chantent au milieu de la nuit et de l’appel à la prière du muezzin. Lundi 18 février : Nous nous sommes donnés rendez-vous à 7h et comme l’hôtel n’a pas l’air de servir de petit déjeuner, nous avisons des petites échoppes proches ou les locaux viennent acheter à manger pour faire comme eux. Nous achetons des crêpes fourrées aux œufs brouillés sucrés et différents petits en-cas plus ou moins sucrés que nous mangeons dans la cour de l’hôtel, entourés de bougainvilliers multicolores et de chants d’oiseaux. Ensuite, pendant que Tom s’occupe de l’acheminement du matériel vers le port à 1km, nous allons avec le gérant de l’hôtel à Langu, une petite ville à quelques km pour faire les courses. Nous sommes rodés, avons toujours notre liste et c’est vite expédié. Nous investissons une première échoppe qui n’a rien d’un supermarché, et à 6 nous passons tous les rayons au peigne fin. Les sacs ikéa emportés pour la circonstance se gonflent de riz, de pâtes et d’une foule d’ingrédients pour tenir au moins 7 jours avant une autre possibilité de ravitaillement. Nous allons ensuite acheter des fruits et légumes et nous faisons le plein de petites bananes, ananas, mangues et d’agrumes. Nous passons à l’hôtel nous mettre en tenue et chargeons les bagages sur le pick-up pour rejoindre le port. Nous trouvons le bateau au milieu des typiques embarcations de pécheurs de crevettes couverts d’ampoules électriques pour pécher la nuit au lamparo Les kayaks sont sur le toit plat et nous nous installons sur les bancs en bois qui peuvent contenir au moins 20 personnes Adieux à Tom que nous retrouverons peut être lors de son périple en fin de semaine et nous quittons la mangrove ou est installé le port. Le bruit du moteur nous assourdit tout de suite. La pointe avant du bateau est un bon refuge pour profiter du paysage mais gare au soleil. La navigation dure plus de 4h. C’est long, et comme nous commençons à avoir faim,, nous utilisons nos thermos que nous avons rempli d’eau chaude pour manger des pâtes chinoises et nous régalons de nos premières bananes. Nous arrivons enfin à Ko Lipe, l’île touristique de l’archipel. L’eau est peu profonde et un « longue queue », bateau local, vient chercher tout notre bardas tendis que nous mettons les kayaks à l’eau pour rejoindre la terre. Nous confirmons notre rendez-vous avec le bateau dans une semaine à 8h du matin. Cette fois ci nous y sommes et il ne reste plus qu’à compresser cet énorme tas pour tenter de tout faire tenir dans les coffres. La plage est remplie de bungalows, et d’échoppes diverses, nous avons des spectateurs qui nous regardent d’un air étonné, d’autres viennent discuter et nous envient un peu car tous leurs déplacements dépendent des bateaux locaux bruyants au possible. Nous prenons la mer vers 16 h. Nous allons faire le tour du chapelet d’îles en commençant par le coté le plus exposé et le plus sauvage. Nous faisons juste une petite étape qui nous conduit sur l’île principale: Ko Adang. Nous sommes déjà dans l’ambiance avec une eau cristalline et la jungle en arrière plan. En fait, les îles sont très montagneuses et nous commençons à nous extasier devant la beauté des arbres énormes qui se détachent au fil de notre navigation. Nous savons qu’il y a des singes et nous scrutons les berges pour les voir. Nous nous installons à l’extrémité de la première grande plage rencontrée, encadrée par de beaux blocs de pierre et des arbres morts à moitié enfouis dans le sable. Nous faisons notre première séance de snorkeling avant d’installer notre bivouac. Nous avons un réchaud à essence pour cuisiner, mais en fait nous reprenons notre habitude du feu de bois plus agréable bien que moins rapide. Hélas nous avons oublié d’essayer d’acheter une grille, ce qui aurait permis de cuisiner plus facilement. Nous espérons en trouver une au hasard des plages qui sont souvent souillées par les vestiges du Tsunami de décembre 2005. Pour dormir nous montons juste les moustiquaires de nos tentes, et à 8h30, tout le monde dort… Il nous faut digérer le décalage horaire. Mardi 19 février : Réveil au lever du soleil et avec les bruits de la foret vers 6h30.Une petite houle agite la mer, mais cela n’a pas l’air méchant. Nous retrouvons nos habitudes peu à peu et après une paire d’heures, nous reprenons la mer. Nous longeons un rivage orné de gros blocs granitiques surmontés d’une végétation luxuriante. Les arbres magnifiques surgissent de cette forêt inextricable qui occupe l’essentiel des reliefs accidentés. Nous guettons les animaux sur les rives et apercevons enfin furtivement des singes. Au-dessus de nous de grands rapaces tournoient. Dans une petite crique, nous déambulons grâce à la marée haute au travers d’une petite mangrove puis la géologie change en même temps que nous approchons de l’extrémité de l’île. Nous cassons la croûte à l’ombre des arbres qui ombragent chaque plage, ce qui est bienvenu, car il fait très chaud. Le menu sera la plupart du temps salade de riz ou pâtes chinoises plus fruits et café avec gâteaux secs. Une nouvelle baignade pour voir les poissons et nous rejoignons le chenal qui nous sépare de Ko Rawi. En fait, souvent, quand nous serons dans des eaux calmes et peu profondes, nous avancerons en nageant avec palmes masque et tuba en tirant les kayaks derrière nous. Quel régal, bien qu’étant pour la plupart plongeurs, il suffit de quelques mètres d’eau pour nous enchanter par la variété des poissons multicolores et des coraux. Pour remonter dans nos embarcations, pas de problème, ce sont des modèles stables et point besoin de paddle float. Nous traversons sur 2km et Patrick en profite pour pécher ses deux premiers poissons. Sur l’autre rive, la vue du corail sous l’eau cristalline nous invite à nous remettre à l’eau. On nous a prévenu, cette partie du parcours est la plus intéressante pour les fonds sous-marin. Quand nous serons autour de l’ile Tarutao, l’eau sera plus trouble. Nous nous laissons porter par le courant qui parcourt le chenal profitant encore et encore de la beauté des paysages. Nous cherchons ensuite un lieu de bivouac. Il faut bien calculer jusqu’où monte la marée, et nous devons nous installer dans la jungle après avoir déblayé les objets hétéroclites qui s’y trouvent et repéré si nous ne sommes pas sur le trajet d’une fourmilière. Nous avons eu un peu de vent pour naviguer, mais maintenant, il est tombé et la mer est d’huile. Pourtant, alors que nous allons aller dormir, de violente bourrasques nous incitent à veiller un peu. Une houle qui amplifie le mouvement de la marée s’installe et avec la lune presque pleine, nous craignons que notre bivouac ne soit menacé par la marée. Les heures passent, et les plus inquiets ou les moins fatigués veillent. Finalement, vers 22h, la tendance s’inverse. Philippe qui avait trouvé une place panoramique pour sa tente sur la plage a regagné lui aussi la forêt. Nuit agitée par le vent et le ressac. Mercredi 20 février : Ce soir, pour écrire ces lignes, pendant que le feu et l’apéro se préparent, Patrick a choisi un caillou bien plat sur la plage. S’il tourne la tête à droite, son regard se heurte à un petit îlot fait de blocs parallélépipédiques et coiffés d’une patine noire. Quelques arbustes parviennent à croître au milieu de ce chaos ; de longues langues de sable blanc soulignent avantageusement ce paysage de carte postale. A gauche, derrière un gros tronc échoué sur la plage, la forêt occupe tout l’espace ne laissant qu’une étroite bande de cailloux sombres entre elle et la mer. Cette dernière est immobile, à peine striée par le courant issu du chenal qui indique la marée montante. Le clapot rivalise avec les bruits de la forêt. Le soleil a disparu, laissant la place à une lune bien ronde. Bref, un bivouac de rêve… Ce matin, la météo était beaucoup plus agitée, le vent était bien présent et la houle promettait un départ tonique. Nous avons embarqué à 9 h. Le vent heureusement nous pousse tranquillement vers l’extrémité de l’île. Peu à peu, le paysage se minéralise, envahi par les falaises et les récifs. Nous apercevons un ruisseau qui s’écoule en cascatelles avant de rejoindre la mer. Nous avons été échaudés pour l’eau à notre précédent voyage et cette fois nous complétons notre stock à chaque occasion. Comme c’est un peu compliqué de s‘arrêter en kayak, nous débarquons sur la plage la plus proche et nous nous organisons pour remplir les vaches à eau. Patrick part avec petit Philippe à pied sur les dalles pentues. Sandrine et Claude y vont en kayak pour récupérer les quelques 30 l qui compléteront notre stock. De retour à la plage, la mise à l’eau face au vent et des vagues qui déferlent n’est pas aisée, et Sandrine en profite pour faire le plein d’eau salée. Nous contournons un petit cap et arrivons dans une large baie rocheuse. Une petite plage de galets à coté de laquelle coule un petit ruisseau nous servira de lieu de pique nique. Nous sommes à l’abri du vent. Hélas, la plage est plutôt sale, l’eau trouble et nous faisons connaissance avec de minuscules méduses qui bien que leurs brûlures ne soit pas graves nous contraignent à renoncer à nager. Rinçage à l’eau douce, et repas habituel de nouilles chinoises à l’ombre d’un arbuste dans les rocher. Nous repartons et arrivons à l’extrémité de l’île. Le chenal qui se présente à nous est entrecoupé de deux îlots rocheux particulièrement esthétiques. Nous avisons des bouées d’ancrage pour les bateaux de plongeurs, y amarrons les kayaks et faisons une séance de baignade. Les fonds sont très beaux, et là pas de méduses. Nous rejoignons ensuite une plage accueillante face à ce magnifique panorama. Une cohorte de bernard l’ermite de toute sorte, dont certains dans des coquillages de 10 cm ou plus, monte vers la forêt, traverse notre tablée, en faisant un raffut de tous les diables. Jeudi 21 février : Départ matinal.Nous débutons la journée par une petite plongée en tirant les kayaks. La technique est maintenant bien rodée. Les fonds sont très beaux, mais comme la marée est montante, l’eau est un peu trouble. Nous remontons sur nos embarcations et contournons Ko Butang par le large. Une petite houle nous accompagne et Patrick réussi en passant le cap à prendre un beau poisson. Nous le mettons dans un gros tuperware avec de l’eau pour qu’il attende le soir et d’éventuels compagnons. Hélas, ce ne sera pas le cas, et les parties de pêche entraînent la perte de nombreux leurres sur les hauts fonds ou lorsqu’ils sont happés par de trop gros poissons. Ensuite, nous sommes à l’abri du vent et nous arrêtons sur une plage pour faire une pause. Une vague trace démarre vers la jungle. Petit Philippe trouve un régime de bananes pas très mangeables et grand Philippe part à la recherche de bananiers, mais, les régimes sont trop hauts pour être atteints. Petite ballade sur le sentier de moins en moins tracé et nous repartons. Nous sommes désormais à l’extrémité de l’archipel et celui ci se termine par un chapelet d’îlots que nous comptons bien visiter de A à Z. Chacun offre des caractéristiques différentes et leurs petites tailles permet d’en faire le tour intégralement en faisant des itinéraires en 8. Entre eux, le courant nous pousse. Vers 12 h, nous trouvons la seule plage qui nous permettra de manger à l’ombre. Nouvelle plongée en début d’après midi puis poursuite de notre navigation enchanteresse autour des îles. Les dernières sont très rocheuses et l’une d’entre elle emblématique du secteur est un empilement de gros blocs cubiques. Le soir nous trouvons une plage bordée par un superbe récif de corail. Nous en profitons à nouveau Nous commençons à voir plus de bateaux au large, de pêche, et plus près, de touristes, mais rien de bien gênant. Nouvelle nuit agitée, la marée venant saper notre parking à kayaks et lécher l’emplacement de la tente de grand Philippe. Vendredi 22 février : A l’intérieur de l’archipel, la mer est globalement plus calme et moins ventée. Plongée matinale puis cap sur la petite île de Ko Lokoi. Elle sert de buvette sans doute à des périodes plus touristiques. Elle est déserte et nous pouvons la parcourir tranquillement et profiter des points de vue. L’eau est tellement claire et peu profonde que nous retournons profiter des fonds avant de continuer notre tour complet de Ko Butang. Nous traversons à la hauteur de notre bivouac idyllique de mercredi soir. Un groupe de japonais s’initie au snorkeling avec force gilets de sauvetage. Colette ne doutant de rien essaie d’aller négocier un tuba car elle a perdu le sien. Nous longeons ensuite Ko Rawi par l’intérieur. Nous dépassons une maison des rangers du parc et arrivons dans une superbe mangrove dans laquelle nous pénétrons pour trouver un coin ombragé pour déjeuner. Nous trouvons une étroite bande de sable et nous nous installons sous le regard curieux de gros lézards qui s’approchent de toute part. La marée montante nous oblige à repartir pour explorer cette mangrove suffisamment aérée et nous jouons à nous faufiler au milieu des palétuviers. A force de tenter le diable, Patrick se retrouve coincé entre de grosses racines et doit se mettre à l’eau pour se dégager. L’eau est très claire ce qui est rare dans les mangroves. Plus loin, nous croisons Tom qui guide son couple de touristes anglo finlandais. On taille un peu la bavette, il nous indique un point d’eau proche, et nous assure qu’on se reverra à notre arrivée à Ko Lipe ou nous avons rendez vous avec le bateau pour notre transfert. En fin de journée, nous arrivons à un camp du parc à l’angle de l’île et nous nous laissons tenter par une douche, un repas assis à une table et des bières… Nous avons faim et commandons chacun 2 portions de riz aux fruits de mer. C’est un endroit ou beaucoup de touristes doivent venir manger en milieu de journée après leur plongée, mais, ce soir nous sommes seuls avec les 3 gardes serveurs et la cuisinière du campement tous très avenants. Samedi 23 février :
Nous testons les possibilités du petit déjeuner local et nous faisons préparer pour notre pique nique un riz sauté aux légumes et calamars que nous stockons dans nos tuperwares et achetons les fruits et légumes disponibles (choux, oignons et bananes).Coût des deux repas, du petit déjeuner et du camping: et des nombreuses bières : 2600 bath pour 6. Nous continuons la journée par notre traditionnelle plongée sur le récif de corail. Les poissons sont abondants et gros. Traversée vers l’île de Ko Adang que nous longeons un moment avant de traverser vers les îles de Ko Burat et Ko Bulo. La première est sauvage, mais rien d’extraordinaire et nous arrivons à la seconde, où nous avions repérer beaucoup de bateaux. A notre arrivée ceux-ci quittent les lieux. Nous sommes seuls. Ici, pas de sable, mais de jolis galets noirs, veinés de couleurs mises en valeur par l’eau. Les gardiens du parc ont trouvé une bonne parade au pillage : un panneau rappelle les risques encourus : accident fatal, déchéance sociale, perte financière, etc…Nous nous abstenons donc et nous contentons de faire comme tout le monde un petit cairn. Là encore, on voit les traces du tsunami et les déchets apportés par la mer. Nous faisons honneur au riz, nous nous baignons et continuons le tour de l’île puis traversons vers un groupe de petits îlots. Nous en faisons le tour, manœuvrant entre les rochers, passant et repassant pour les photos sous une petite arche. Petit Philippe fait remarquer au plus grand que sa ligne de flottaison à l’air très basse. Heureusement, la mer est calme, nous pouvons prendre pied, ancrer les bateaux sur un haut fond et vider celui de Philippe dont le coffre arrière est plein d’eau. Un trou de plus d’un cm apparaît à la pointe arrière de l’étrave. Nous faisons une réparation de fortune en bourrant un sac plastic dans l’ouverture complété par des élastiques de chambre à air que nous avons toujours dans nos affaires. Philippe part ensuite à toute vitesse vers Ko adang, de peur de prendre à nouveau l’eau et finir comme le Titanic. Le temps d’embarquer, il est déjà loin. Heureusement, la réparation tient et nous le retrouvons sur la plage à l’embouchure d’un ruisseau que nous adoptons pour la nuit. La marée est trop basse pour que nous profitions des coraux, gare aux oursins. Nous faisons une petite promenade dans la jungle après avoir trouvé un sentier, rinçage à l’eau douce, et longue séance de réparation du kayak. La technique consiste à enfiler un bout de bois dans la gorge qui sert de support au gouvernail puis de boucher le restant du trou avec du plastic fondu, le tout recouvert de Seamgripp. Dimanche 24 Février : Nous traînons un peu, car nous avons largement le temps et l’eau est loin des kayaks. Tentative de plongée, mais la mer est infestée de petites méduses qui n’on pas l’air de piquer, mais la sensation est désagréable. Nous passons devant des campements de pécheurs puis traversons vers Ko Lipe. Il y a tout de suite plus de monde et les bungalows ont envahi la plupart des plages. Nous contournons l’île par l’ouest, nous arrêtons pour manger à l’écart puis visitons le reste de la cote plutôt sauvage avant d’arriver à la plage principale vers 15h. C’est une transition difficile avec des paillotes partout, des bateaux à l’ancre en nombre et beaucoup de monde sur la plage. Le Varin Resort conseillé par Tom est plein et nous nous replions par hasard sur le Baracuda club qui loue des bungalows pour 500 bth. Nous nous douchons avec plaisir puis partons faire le plein de nourriture pour la deuxième partie de notre séjour. Il y a moins de choses que sur le continent, c’est plus cher, mais nous sommes surtout contents de faire le plein de fruits et de légumes. Nous trouvons même des pommes de terre et des tomates. Sandrine, qui regrette de ne pas avoir de grille pour le barbecue, en particulier pour faire du pain insiste tellement auprès d’une petite gargote qu’elle réussit à en acheter une en demi-rond qui sert à égoutter les beignets. Le soir nous cherchons sur la plage un endroit ou manger et trouvons un étalage de poissons et de crevettes géantes qu‘il suffit de choisir avant qu’ils ne soient cuits sur place. Nous nous régalons et faisons le repas le plus cher du voyage (3460 baths) avant de passer la plus mauvaise nuit du séjour entre les conversations téléphoniques dont tout le monde profite et les feux d’artifice à minuit. Lundi 25 février : Nous déjeunons face à la plage ou quelques joggeurs pittoresques font des allers et retour. Nous voyons aussi passer une procession de moines qui vont mendier leur nourriture suivis par une cohorte de chiens. Un marcheur nordique, le torse bombé, bien droit fait aussi plusieurs passages. Une joggeuse, un relais à la main fait des accélérations. Tout cela nous occupe en attendant l’arrivée du bateau. Nous n’avons pas vu Tom qui a du repartir sur Phukett. Le bateau arrive à l’heure et l’embarquement se fait sans problème, de la même manière que le débarquement, car mettre sur le toit des kayaks chargés est difficilement réalisable. La traversée dure 2h30. Sur Tarutao, nous débarquons dans le site principal au Nord de l’île au début de la mangrove. C’est calme et accueillant. Nous laissons là Colette et Claude qui préfèrent faire des ballades à la journée sur terre ou sur mer plutôt que de faire le tour complet de l’île et ne pas avoir la pression due aux délais. Nous mettons le cap au sud, poursuivis par un photographe japonais bardé d’objectifs. Le début est une succession de plages entrecoupées de caps rocheux. Quelques bungalows occupent ces coins paradisiaques. Certains semblent abandonnés. Nous squattons des tables pour manger puis repartons pour prendre un peu d’avance sur notre itinéraire. Nous longeons une des plus grandes plages de l’île sur plusieurs km et à son extrémité nous trouvons le bivouac idéal à l’embouchure d’une rivière provenant d’une grande mangrove. Nous ne résistons pas à l’envie de la remonter un peu malgré le courant contraire. Nous finissons par capituler et redescendons à toute vitesse. La marée descend toujours et nous passons à temps l’estuaire pour aller nous mettre sur la plage. Ce soir, des dizaines de bateaux sont visibles dans la baie. A la nuit tombante, chacun allume ses lamparos pour une longue nuit de pêche. Le temps s‘assombrit, le tonnerre gronde, mais il ne tombe que quelques gouttes. Sandrine attaque la réalisation de petits pains aux raisins que nous aurons désormais tous les matins pour le petit déjeuner. Mardi 26 février : Le temps est toujours couvert. A notre réveil vers 6h30, les lampes des bateaux s’éteignent une à une. En fait, ils ne nous ont pas gênés pour dormir. Le ressac nous isole des autres bruits. Lorsque nous prenons la mer, le vent se lève ainsi qu’une houle bien formée. La première partie du parcours ébouleuse et un peu monotone n’offre aucuns abri sur près de 5 km., mais nous ne rencontrons aucun problème. Ensuite, une longue plage lui succède et les conditions changent pour laisser la place à un soleil de plomb et une chaleur étouffante. Il est temps de faire une pause et nous nous arrêtons dans une mangrove au débouché d’un cours d’eau. Un pécheur installe des filets pour piéger des poissons grâce à la marée descendante mais il ne cherche pas beaucoup à communiquer. Ensuite, nous nous rapprochons du cap et la cote devient plus rocheuse. Nous retrouvons les reliefs calcaires que nous avons connus dans la baie de Phang Nga. La mer est calme nous passons la pointe sud qui précède une large baie occupée en partie par une mangrove. Nous voyons plus au sud les premières îles de la Malaisie et plus près d’autres qui nous attirent avec leurs falaises envahies de végétation et de concrétions. Nous irons demain, il est temps de trouver un bivouac. Nous suivons la mangrove pour trouver un endroit et arrivons au fond de la baie près d’une maison du parc dont le couple de gardes nous indique une place sous de grands arbres fruitiers. Ils nous mettent en garde contre les singes mais ceux ci resteront à distance. Un ruisseau permet de se laver à l’eau douce et nous apprécions le fait de ne plus être dans le sable. Mercredi 27 février : Une tribu d’écureuils nous réveille par un petit spectacle d’acrobaties. Par contre, la marée est au plus bas, ce qui nous oblige à un long portage des kayaks. Nous commençons donc par aller visiter les deux îles de Ko Belitung Besa entrevues la veille La plus grande est surmontée de deux tours calcaires impressionnantes. Au bas de la plus petite, une échancrure permet d’atteindre un cirque rocheux entouré de hautes falaises lapiazées. Plus loin, un étroit chenal conduit à un campement de plusieurs constructions en dur. C’est magnifique, mais les habitants nous font des signes que nous interprétons comme peu accueillants. Pourquoi ? S’agit t’il d’un laboratoire clandestin, d’affreux terroristes, ou la fameuse île du Dr No ? Tant pis, nous continuons notre tour pour remonter vers le nord en rejoignant la cote. Quelques plages nous permettent de faire une pause casse croûte et de tenter de nous rafraîchir dans une eau qui frôle les 40°. La suite est attrayante, parois calcaires déchiquetées et mangroves alternent et du coup on ne s’ennuie pas une minute. Et si notre attention se relâche, les singes nous rappellent à l’ordre. Vers 16h, nous arrivons dans une grande baie avec une mangrove ou nous ne trouvons pas de quoi camper et nous préférons tenter notre chance sur une petite île (Ko Klang) plutôt que d’aller encore un peu plus loin près d’une base du parc ornée d’un long ponton. Trois pécheurs s’y reposent et nous troublons un peu leur tranquillité, mais nous sommes fatigués. Après une courte inspection des lieux, nous essayons de leur demander par gestes si on peut rester là. Ils fuient rapidement. Peut être est ce aussi l’heure de retourner travailler. Sandrine essaie de leur acheter des poissons car ils ont un petit vivier dans leur bateau, mais les 500 bath proposés ne leurs conviennent pas. Il faut bien choisir son coin, car il y a des cohortes de fourmis rouges Là encore, la vue depuis notre plage est magnifique : mangrove avec îlots rocheux sur fond de montagnes escarpées recouvertes de jungle. Durant la nuit, la chaleur devient étouffante et il pleut quelques gouttes. Jeudi 28 février : Le ciel est très chargé. Nous traversons la baie pour aller voir la mangrove, passons à coté de la base et son îlot spectaculaire : une grosse dent d’une centaine de mètres de haut. Nous avançons vers le Nord et le chapelet d’îles qui débute un peu plus loin. Hélas, le vent du sud-est se lève et devient de plus en plus soutenu. Il est plus confortable de longer les îles par l’intérieur pour se protéger mais entre chacune d’elles, nous retrouvons le vent qui nous barre la route et rend la mer agitée. Nous croisons quelques bateaux qui se sont mis à l’abri. L’une des îles est très jolie avec une plage centrale donnant sur les deux cotés entourées de falaises et de palétuviers. Nous y faisons une petite pause et trouvons des ossements de dauphins mais ne nous attardons pas car le vent forcit et nous préférons rejoindre la cote et trouver une plage ou s’arrêter. Juste le temps de manger et des trombes d’eau s’abattent sur nous. Il a beau faire chaud, nous sommes bien content de mettre notre coupe vent et d’aller nous pelotonner contre un vague abri sous roche. Heureusement, vers 13h, cela se calme un peu et nous sommes heureux de pouvoir échapper à cet endroit ou il aurait été très inconfortable de bivouaquer. Il pleut toujours mais le vent est moins fort. Nous visitons un petit cirque rocheux qui abrite de beaux rochers immergés dans une mangrove que nous allons visiter, retrouvant le calme. Nous regagnons ensuite la cote avec le vent qui forcit à nouveau. Nous prenons une nouvelle rabasse et entrons enfin dans un grande baie. Nous croisons nos pécheurs de la veille qui semblent en panne et rigolent en nous voyant passer et proposer de les remorquer. Nous essayons de trouver refuge dans des grottes qui bordent une petite plage, chassant une poignée de singes. Nous nous lassons vite d’attendre et comme nous sommes maintenant à l’abri du vent nous continuons le tour de la baie pour nous diriger vers une grande plage flanquée de hautes falaises qui semblent habitées. Nous espérons y trouver un bivouac à l’abri de la pluie. En fait, c’est un immense campement de pécheurs .Il n’y a personne mais seule la partie gauche des falaises semble occupée actuellement au vu des affaires et de la nourriture qui s’y trouvent. Nous n’osons pas nous installer sur les différentes plates formes construites dans les abris sous roche et nous plantons nos tentes un peu plus loin à l’abri de la falaise. Des casiers sont empilés en grand nombre partout. Le coin est splendide, et nous apprécions d’être au sec alors que la pluie continue à tomber. Le baromètre ne nous donne pas beaucoup d’indications. Il y a même du bois sec contre la falaise pour faire notre feu. Des pécheurs rentrent à la nuit à leur campement assez loin de nous et ne viennent pas nous voir. Vendredi 29 février : Le ciel est encore très chargé et rapidement, il pleut. Cela ne nous gêne pas et nous embarquons vers 8h. Le vent se lève. La navigation est assez belle jusqu’au cap, la cote reste rocheuse et variée. Une longue île nous protège un moment du vent qui continue de forcir. Nous franchissons le cap sans trop de problèmes mais bien concentrés malgré tout sur la mer ou des surfs viennent du large par le travers. Nos kayaks réagissent bien. Derrière, tout redevient plus calme et nous pouvons profiter à nouveau de la cote ou le calcaire est tourmenté par l’eau et offre des formes et des couleurs grises dues à la pluie. Cette partie est très belle. Nous aurons eu toujours une grande variété de paysage. Pause bien méritée dans une petite baie ou des bateaux de pêche sont aussi à l’abri. Nous nous essayons au snorkeling mais l’eau est trouble. Nous parvenons à notre point de départ vers 11h et retrouvons Claude et Colette qui nourrissaient quelques inquiétudes à notre égard. Samedi 1 mars : C’est la fin. Nous stockons nos affaires et les kayaks vers l’embarcadère et allons marcher sur un sentier qui monte au dessus du village jusqu’à un belvédère. Le ciel est dégagé et le beau temps semble revenu. Rencontre avec les singes qui sont chez eux et pas toujours très commodes si on s’approche trop près. Vers 14h, nous nous rendons au débarcadère et notre bateau est à l’heure. Nous chargeons tout et partons, mais près du cap, le temps n’est plus le même. La houle augmente, le vent est fort et la pluie diminue beaucoup la visibilité. Nous avons l’impression que le capitaine est plus tendu. Un ingénieux système de bâches transparentes protège les cotés du bateau de la pluie et tout se déroule bien. Dire que nous avions envisagé de faire cette traversée en kayak.. Nous sommes contents d’arriver à Pak Bara 1h30 plus tard. Nous rentrons à pied et le matériel et les kayaks sont rapatriés à la guesthouse en side car. Dimanche 2 mars : Nous racontons un peu nos aventures et allons manger et boire une bière dans l’unique restaurant du camp. Nous repartons ensuite visiter la mangrove qui mène à la grotte aux Crocodiles prétexte à emmener les touristes dans des « longues queues ».Ce ne sera pas un souvenir impérissable, mais nous sommes seuls et il y a des singes à observer.. Après avoir trié et rincé le matériel, nous passons la nuit dans des bungalows en dur, fraîchement construits.
L’agence nous a prévu un véhicule pour aller à l’aéroport. En route, nous allons voir une succession de 6 grandes cascades qui s’étagent sur plusieurs centaines de mètres de hauteur. Sur le sentier, nous sommes attaqués par des sangsues. Mais il paraît qu’une bonne saignée est toujours bénéfique… Pour notre part, nous mangeons sur place dans une gargote. Au menu, poulet grillé accompagné de salade de papaye verte. Nous allons ensuite nous balader au marché de HatYai et enfin direction l’aéroport.
29 mars 2009
Autour de Coron (Philippines - 2009)
Nous sommes de nouveau 6 pour aller chercher la chaleur au cœur de l’hiver : Patrick et Sandrine Degouve, Philippe Saladin, Pierre Durlet, Carole Zakin et Dani Edo Teys.
Après de longues recherches de destinations nouvelles adaptées à notre envie de kayak cool dans des paysages variés, nous avons trouvé un loueur sur l’île de Busuanga au nord de Palawan aux Philippines. Des cartes assez précises téléchargées sur Internet nous ont ensuite permis de dégrossir notre périple avant notre rencontre avec notre correspondant, Greg Hutchison.
Au final, nous sommes partis 17 jours, mais, en décomptant l’acheminement (4 vols), il nous restait 13j de navigation pleine.
Carnet de voyage :
- Vendredi 6 Février 2009 :
Dès l’aéroport de Lyon, notre voyage prend un tournant inattendu en raison de la neige qui paralyse l’aéroport d’Heathrow ( Londres). Heureusement, nous sommes arrivés 3 h en avance, et l’employé de British Airways s’est donné beaucoup de mal pour nous trouver, en dernière minute, des vols pouvant s’ajuster au dernier transfert qui nous avait été pris de Coron, et dont nous devions récupérer les billets juste au départ. Après un Lyon-Nantes-Paris-Singapour-Bangkok-Manille, il a fini par nous trouver un Lyon-Vienne-Dubai-Manille qui convenait parfaitement. Du coup, nous avons eu un aperçu des bienfaits ou méfaits du surbooking, car nous ignorons où il a pu dénicher ou ces places ? C’est sans doute là le privilège des premiers arrivés…
Nous étions d’autant plus contents de cette nouvelle option avec la compagnie Emirate que nous avions déjà appréciée pour ses copieux plateaux repas, et son confort, détail important quand on doit se morfondre plus de 15 h dans des avions.
La ligne Manille Coron est assurée par de gros bi-moteurs aux horaires fantaisistes quand les vols ne sont pas carrément annulés (par chance, au retour le notre est parti avec près de 2 heures d'avance !!!).
- Dimanche 8 février :
Après une courte nuit dans le terminal 3, pour laquelle nous avions prévu les Termarest, nous embarquons enfin dans le bimoteur qui nous mène à Coron en une heure. Le ciel est clair et nous avons un aperçu de ce qui nous attend.
A l’arrivée, il nous manque le bagage de Philippe, mais on pourra certainement fractionner l’itinéraire pour le récupérer. Cela me conforte dans le fait de prendre le minimum vital en bagage à main, car cela arrive souvent...
Un minibus nous attend pour rejoindre Coron, une trentaine de kilomètres plus à l’est. Nous sommes nombreux sur une piste chaotique ou nous évitons des tronçons bétonnés qui ne sont pas encore en service et aussi les ponts en construction que nous contournons à gué dans les ruisseaux.. Le paysage alterne des collines pelées, d’autres couvertes de jungle, et le long de la route, quelques prairies, rizières et bananeraies, entourant des maisons de bambou cernées de bougainvilliers et de fleurs multicolores. Nous apprécions la chaleur humide après l’hiver particulièrement rigoureux que nous subissons en France. Il n’est pas question de profiter de la climatisation et nous profitons du paysage, vitres ouvertes nous recouvrant petit à petit de poussière.
Greg nous accueille dans son hangar à matériel accompagné de sa femme philippine et de ses deux enfants. Après un premier contact sympathique, nous allons manger dans un petit restaurant tenu par un français pour voir les questions pratiques avant de faire les courses. Nous goûtons les premiers plats locaux à base de poissons et fruits de mer, mais sommes un peu déçus car c’est très peu épicé.
Greg nous donne les cartes et nous convenons de faire déjà le tour de l’île de Coron, puis de revenir chercher le bagage de Philippe. Il nous prête un téléphone portable, car pour nous qui n’avons pas réussi à utiliser les recharges téléphoniques locales, cela coûte très cher. Ensuite, nous irons plus à l’ouest et il nous récupérera au village de Busuanga à la fin du périple.
Il nous accompagne ensuite dans les petites échoppes pour faire les courses. Nous sommes bien rodés, et un tuk tuk ramène tout au ponton de départ.
Nous avons droit à des kayak neufs ce qui est bien appréciable. Nous sommes prêts vers 17h seulement, et nous affrontons un fort vent d’est pour aller rejoindre la pointe de l’île de Coron ou il y a un bivouac. Nous ne chômons pas, car la nuit tombe à 18h, et c’est dans la pénombre que nous arrivons. C’est un petit coin de paradis sommairement aménagé par les locaux avec des tables de bambou. Un petit écriteau indique qu’une somme de l’ordre de 100 pesos est demandée. La plage ombragée est bordée par des lames de lapiaz spectaculaires. Premier apéro, premier repas fait sur le réchaud à essence, et aussi le dernier, car nous ferons ensuite tout au feu de bois. Nous avons d’ailleurs acheté une petite grille sur le marché pour faire griller le poisson prochainement pêché et cuire le pain de Sandrine.
Nuit de plomb.
Premier bivouac au milieu des lapiaz acérès
- Lundi 9 février :
A notre réveil, nous sommes enchantés par le cadre. La marée est basse, et un homme arrive qui commence à balayer la plage des déchets végétaux qui y ont déposés par la mer et des tumulus de sable faits par les crabes. Plutôt timide, il prend l’argent que nous avons préparé, mais continue de balayer sa plage refusant de boire un café avec nous. Le vent est encore très fort pour aller vers le sud de l’île, aussi nous revenons vers l’ouest ou nous sommes plus protégés, et si nous avons des nouvelles du sac, nous irons le chercher en fin de journée. Le cap franchi, le vent ne nous gène plus et nous longeons la cote lapiazée et déchiquetée. Quelques précaires habitations occupent la plupart des plages. Montés sur pilotis, ces abris fragiles abritent quelques familles de pécheurs. La cote est parsemée de criques, d’îlots sculptés et nous nous faufilons partout avec plaisir. Des ponts rocheux et de courtes grottes permettent parfois de passer de l’une à l’autre. A d’autres endroits, il faut se glisser dans d’étroits chenaux occupés par la mangrove. Plus loin, nous visitons moyennant 75 pesos le lac Barracuda qui se niche au milieu du lapiaz derrière un rideau de lames acérées. C’est l’attraction du coin, et la somme payée aide les communautés qui vivent sur l’île. En fait les touristes sont rares. Nous prenons masques et palmes et nageons dans cette eau saumâtre d’une incroyable limpidité. Malheureusement, la vie et la flore y sont absentes.

De multiples criques jalonnent la côte nord de l'île. Certaines permettent d'accéder à des lacs d'eau saumâtre aux eaux cristallines.
Un peu plus loin, dans une anse discrète, nous parvenons à un autre lac. Un petit village occupe le fond de la baie et un sentier permet d’accéder au plan d’eau après avoir profité d’un magnifique point de vue. Nouvelle trempette. Le temps passe vite et il faut déjà trouver un lieu de bivouac. Greg nous a laissé un message pour nous dire que le bagage n’est pas arrivé.. Nous nous installons donc sur une petite plage en revenant sur nos pas.
Second bivouac...
- Mardi 10 février :
Un varan nous tire du lit vers 6h30. Le vent qui s’est encore manifesté sous forme de violentes bourrasques est presque tombé. Nous chargeons les kayaks et revenons sur la cote ouest pour entamer le tour de l’île si la météo le permet.
Nous repassons le cap après avoir coupé au plus court, puis la plage du premier soir. La suivante est habitée, et pensant être peut être juste en eau, nous nous arrêtons pour en demander en laissant une petite obole. La plage est méticuleusement entretenue.
Ensuite, nous longeons l’impressionnant massif calcaire constituant l’échine de l’île. Quelques habitations occupent encore les rares endroits plats, mais, ici, aucune trace de tourisme.
Plus nous avançons vers le sud, plus le paysage devient grandiose. Patrick en profite pour jeter sa traîne et réussit à prendre un barracuda et deux aiguillettes.

La côte sud-ouest de Coron est bordée de hautes falaises calcaires.
Il n’y a plus de vent, la mer est calme. En se rapprochant du cap, les endroits de bivouacs deviennent plus rares. Nous hésitons un moment face à une superbe plage flanquée d’un îlot déchiqueté, mais, il est à peine 16h et nous nous régalons de cette navigation si belle, alors, nous continuons. La baie repérée ensuite sur la carte n’est pas utilisable. La suivante est occupée par une multitude de gens qui semblent cultiver la terre, et c’est finalement dans la troisième que nous nous installons. Une plaine couverte de végétation la prolonge et nous sommes encadrés par des pitons rocheux imposants, hélas cassés dans leur partie basse, peut être pour récupérer des matériaux de construction ? Sans être complètement défiguré, le paysage affiche de belles cicatrices qui seront longues à effacer. Nous profitons avec délice des dernières heures de jour, allant chercher comme chaque soir du bois pour la cuisine ou en partant à la pêche pour Pierre qui n’a encore rien pris. Des enfants viennent jouer en pirogue dans la baie, ils accostent et vont d’après leur lampe voir une grotte, mais ils ne viennent pas nous voir
Les prises de Patrick sont cuites en papillotes, et Sandrine prépare le pain pour le lendemain…
Bivouac au sud de Coron
- Mercredi 11 février :
Réveil à 6h. La marée est basse et des pécheurs venus à pied de la baie voisine arpentent la plage découverte chassant les poissons piégés, les concombres de mer et divers coquillages. Nous allons les voir pour voir ce qu’ils ont ramassé et essayer de comprendre leurs techniques : ils frappent une racine avec un bâton, et cela fait sortir le poisson ou l’anesthésie ? Ils ne parlent pas anglais, et c’est difficile de communiquer. Comme la plupart des gens que nous rencontrerons, ils sont doux, un peu timide et peu curieux de nous connaître plus.

Au petit jour, des pêcheurs à pieds viennent récupèrer les poissons piégés par la marée basse.
Nous profitons de ce réveil matinal pour essayer d’aller voir la grotte, mais revenons bredouilles, non sans avoir vu quelques varans timorés.
Nous reprenons tranquillement la mer pour franchir le cap au sud de l’île. Sans vent, la houle est confortable, mais les hautes falaises et le peu de refuges nous font apprécier notre chance avec la météo.
La remontée vers le nord est très belle et les hautes parois au bas desquelles nous nous sentons tout petits n’ont pas impressionné les chasseurs de nids d’hirondelles qui ont bâti d’incroyables échafaudages en bambou pour atteindre les porches à plusieurs dizaines de mètres de hauteur.

Des échafaudages de bambous témoignent de l'audace des chasseurs de nids d'hirondelles. Il n'ont pas hésité à franchir des surplombs pour atteindre le petit porche visible en haut de la photo de droite.
Soudain, la muraille s’interrompt pour s’ouvrir sur une baie profonde aux eaux paisibles flanquées de jolies petites plages toutes occupées par des maisons de bambou. A l’austérité du cap succède une incroyable sérénité. Quelques enfants s’approchent à distance de nous dans de petites pirogues. Dani, qui travaille la langue essaie de communiquer, car l’anglais ne sert à rien. Au milieu sont installés des cordelettes pour la culture d’algues où les femmes aussi bien que les hommes travaillent. Nous ne semblons pas les perturber et ils ne s’intéressent pas à nous spécialement. Nous ne voulons pas troubler ce calme et poursuivons notre navigation.

Des cultures d'algues soigneusement entretenues.
Les hautes parois calcaires s’imposent à nouveau et nous débouchons dans une autre baie dont nous explorons chaque recoin de mangrove ou de labyrinthe d’îlots. Les eaux passent du turquoise au bleu foncé. Nous nous accordons une petite plongée, mais l’eau est un peu trouble et il n’y a pas énormément de poissons. Nous repartons et avons bien du mal à trouver un endroit ou débarquer pour notre pause repas. Nous visitons un lagon caché auquel on accède par un étroit chenal. Quelques singes nous font une démonstration d’escalade. Nous aurions bien du mal à les suivre bien que pratiquant cette activité tant la roche est abrasive.

Quand la mangrove colonise les lapiaz...
Enfin, nous nous arrêtons dans un coin de mangrove ombragé par la falaise ou nous pouvons débarquer sur des rochers et attaquer notre salade et un bel ananas. Le café est finalement bu toujours froid, cela évite de faire chauffer de l’eau, et les 10kg de bagage nous ont fait renoncer au thermos.
La baie est très grande, cernée de mangrove, et on voit partout des maisons sur pilotis. C’est le village de Cabugao, mais nous n’en trouvons pas l’accès dans ce labyrinthe. Nous n’avons besoin de rien, et nous continuons. Les parois s’abaissent, mais pas de bivouac en vue. Vers 16h ; nous avisons 3 plages toutes plus petites les une que les autres, alors nous continuons. Finalement, la nuit étant proche et toutes les plages occupées, nous nous dirigeons vers le second village de l’île, Bangwang Daan. Notre arrivée ne manque pas de susciter la curiosité. Nous nous adressons à un adulte en train de ramasser des sortes de palourdes et lui demandons l’hospitalité avec moultes gestes expressifs. Un peu surpris, il nous propose finalement de nous héberger dans sa maison. Il s’appelle Maximo, nous présente sa femme Laetitia qui nous accueille avec un grand sourire édenté. Grâce à Dani et ses rudiments de langue, nous leur demandons s’ils peuvent nous faire à manger moyennant un peu d’argent. Un voisin nous propose des poissons, une dame un poulet vivant. Nous acceptons tout, les prix étant modiques.
Le petit village de Bangwan Daan et la maison de nos hôtes.
Nous disposons donc d’une pièce au sol en terre battue dont une partie du toit laisse voir le ciel par ses nombreux trous. Nous sommes cernés par les poulet qui vivent là, et divers matériel de pêche. Nous montons nos moustiquaires et profitons de cette intimité pour nous changer. Ensuite, pendant que le repas se prépare, nous partageons avec nos hôtes et leurs voisins, un punch et des pop-corn, confortablement installés sur une banquette de bambou qui court autour d’une avancée abrité prolongeant la maison. Le repas sera bien agréable, nous distribuons des gâteaux secs pour le dessert. Cependant,la nuit sera animée ; entre les coqs qui chantent à n’importe quelle heure, le cochon contre la maison et les bruits des divers animaux qui transitent par notre « chambre ».
Carole et Pierre bénéficie du lit réservé aux invités...
- Jeudi 12 février :
Réveillés tôt, donc, nous profitons du feu de bois brûlant en permanence dans la petite cuisine spartiate pour faire notre petit déjeuner de flocons d’avoine. On nous offre de l’eau chaude pour le café et le chocolat. Gare au coq qui sans gène a vite fait de se retrouver dans nos assiettes. Nous donnons à nos hôtes une petite somme pour leur hospitalité ainsi que du riz et tous les légumes qui nous restent car nous allons passer à Coron dans la journée et nous pourrons nous ravitailler.
Nous allons avant de partir visiter un peu le village qui se développe vers la zone de mangrove du fond de la baie et ou il y a un ponton qui constitue l’accès principal depuis la mer.
Les maisons sont en bambou, montées sur pilotis. Certaines sont ornées de fleurs multicolores avec de petites haies du même matériau, d’autres sont en piteux état. Au ponton, un responsable officiel nous accueille, mais courtoisement, nous interdit l’accès au village proprement dit. Ici, le tourisme est règlementé voir interdit pour préserver les populations. Nous reprenons la mer en direction des sources d’eau chaudes qui se trouve sur notre chemin. Nous faisons une courte traversée, abandonnant les falaises et prenons la direction de Coron. Une petite passerelle nous signale les sources. Sandrine craignait la foule, en fait,il n’y a qu’un couple dans ces bassins en forme de gours qui nous décrassent un peu dans une eau sulfureuse à 40°.
Nous longeons ensuite la cote pleine d’habitations et de bateaux jusqu’à Coron et le ponton d’où nous sommes partis.
Retour à la civilisation, nous sortons nos sacs ikéas pour aller faire des courses. Mais déjà, nous avons très faim et entrons dans un restaurant aux allures de cantine tenu par une matrone peu avenante. Mais, il y a des bières fraîches alors nous restons pour tester les différentes marmites. La cuisine n’est pas mauvaise, mais, cela n’est pas du tout épicé. Greg nous rejoint et annonce l’arrivée du sac perdu vers 16h. Nous mettons au point les derniers détails de notre récupération à la fin de notre périple.

Petite averse tropicale sur Coron...
Nous en profitons aussi pour recharger des batteries d’appareil photo et cela nous sera facturé. En sortant, nous sommes surpris par une violente averse qui vide les rues. Nous faisons nos courses sous les auvents entre les gouttières et chargeons un triporteur qui ira aussi au magasin d’eau pour refaire nos réserves.
Nous sommes à nouveau d’attaque à 16h30. Nous gagnons un petit îlot près de Dinanglet island et installons notre bivouac à la nuit tombante. Le coin est accueillant malgré quelques ordures.
Le décor change. Après les pitons calcaires, les montagnes chocolat...
- Vendredi 13 février :
Nous partons vers 8h30 après avoir brûlé ce qui traînait. Direction l’île proche ou nous plongeons sur les récifs coralliens qui sont bien plus riches en faune et formations diverses. Nous rejoignons ensuite Uson Island que nous longeons par le sud, croisant quelques personnes qui pêchent en apnée. Le paysage est différent de celui de l’île de Coron. Des collines pour certaines complètement déforestées offrent des formes épurées aux couleurs chocolat, lie de vin ou dans des dégradés de vert, allant jusqu’au gris et bordées de mangroves.
Nous remontons ensuite le chenal qui contourne l’île d’Apo par l’est. Nous commençons à voir des élevages d’huîtres perlières qui monopolisent le centre des bras de mer, mais ne nous gênent pas avec nos embarcations légères. Des maisons sur pilotis sont souvent installées au milieu. Nous passons près de l’une d’elle ou un chien très sage nous regarde passer entouré de pots de fleur joliment disposés. Il y a de plus en plus de mangrove et nous entendons au loin les tronçonneuses des forestiers. Grâce aux informations de Greg nous trouvons un étroit chenal caché dans les palétuviers qui nous permet de nous faufiler vers l’ouest pour atteindre Ditalamang point où nous retrouvons des falaises calcaires. Nous nous arrêtons dès que possible quelque peu fatigués par cette longue matinée et faisons honneur à notre casse croûte.

Un étroit passage dans la mangrove permet de contourner Apo Island par le nord.
Avant de repartir, Sandrine qui a repéré une balance devant une cabane va voir s’il n’y aurait pas des poissons à vendre, car nos pécheurs n’ont pas beaucoup de réussite. Bingo, nous achetons 2kg de beaux poissons pour 3€ et on nous donne même de la glace pour les conserver jusqu’au soir..
Nous recherchons ensuite un lieu de plongée ou une épave repose dans moins de 10m d’eau. En fait, la mer est trouble, et nous la recherchons vainement. Nous contournons Tangat island, profitant de la végétation exubérante au milieu des éperons calcaires et guettant les oiseaux. Nous inspectons les plages. La première est occupée par un cimetière, la seconde est habitée, la troisième est entièrement utilisée par un centre de plongée. Nous allons voir les prix, mais c’est loin de notre budget, et nous avons pris goût aux bivouacs perdus. Nous revenons donc sur nos pas de peur de ne rien trouver plus loin et retournons à la deuxième plage ou les occupants de la maison nous donnent sans problème l’autorisation de camper. Et en plus, ils n’ont pas de coq pour nous réveiller la nuit…
Nous faisons sur notre grille les poissons que nous avons du mal à finir tellement c’est copieux.
Tangat Island et sa forêt luxuriante.
- Samedi 14 février :
Notre voisin vient nous rendre visite avant d’aller travailler au resort vu la veille. Il nous situe l’épave et va travailler en pirogue. Nous repartons finalement en arrière, faisons le tour de l’île par l’autre coté et cherchons à nouveau l’épave. Nous la trouvons enfin, mais, l’eau est trouble et il n’y a pas grand-chose de spectaculaire à voir, les coraux et poissons sont plus intéressants. Après avoir contourné l’île, nous traversons vers la cote en croisant moult champs d’huîtres.. Nous longeons Santa Monica, c’est moins spectaculaire; le vent nous accueille dans une petite passe le long de Lusong island. Il nous freine un peu le long de l’ile puis nous pousse se joignant au courant pour nous faciliter la traversée vers Marily Island. Nous commençons à nous demander ou nous allons trouver un endroit pour nous poser le soir. A l’approche de Culion, nous passons par le plus grand des hasards devant des maisons avec un panneau d’affichage qui attire notre oeil. Une femme en train de laver du linge vient à notre rencontre et nous annonce que c’est un resort alternatif fait pour accueillir occasionnellement des touristes mais surtout des autochtones pour des actions de formation destinées à la sauvegarde des valeurs Tagbanuas et de les adapter aux changements de la planète. Cela va de la construction de maisons traditionnelles, à l’étude de la faune, en passant par des cours de cuisine.

Le sympathique Resort de Mina...
Autant nous avions boudé celui de Tangat, autant nous avons envie d’aider cette initiative.
Quelques grands bungalows en bambou constituent ce centre. L’étage est un grand dortoir et le bas une salle de classe qui donne sur un ponton et la mer. Il suffit de déplier un matelas et une moustiquaire et de profiter de la belle architecture du toit de palmes. En retrait un autre bâtiment du même genre est constitué d’une salle à manger au bas et d’une grande pièce en chantier à l’étage, le tout, dans le style traditionnel.
Deux petites pièces avec des baquets d’eau servent de douches et des toilettes sèches sont prévues, mais gare aux blattes géantes qui sortent de l’ouverture.
Pour la première fois, nous pouvons nous laver à l’eau douce, même si nous l’utilisons avec parcimonie.
Mina envoie son mari faire des courses à Culion distant de 10 km pour nous faire à manger du poisson et un shop suey de légumes accompagnés de quelques bières gardées au frais dans une glacière.
Le batîment principal a été construit dans la plus pure tradition tagbanua. L'ossature et la couverture sont en bambou et assemblés par des lanières naturelles.
- Dimanche 15 février.
La nuit a été difficile pour Patrick qui a été malade et grelotte de fièvre. Nous avons eu malgré tout la chance d’être bien protégé de grosses averses qui se sont abattues pendant notre nuit.
Ce n’est pas possible de partir dans ces conditions. Du coup, Patrick reste au resort avec Sandrine. Pierre et Carole vont pour la journée visiter Culion et marcher un peu sur les hauteurs à la recherche d’oiseaux à observer. Philippe et Dani vont manger avec eux des calamars sur le port et continuerons plus au sud faire le tour de l’île de Tanaban. On les retrouvera le lendemain si nous partons, en leur laissant un mot et nous avons les portables et les talkies walkies.
Vers 10h30, Patrick est un peu moins mal et Sandrine va faire un petit tour en Kayak. Elle trouve un étroit chenal dans la mangrove qui mène à une source? Des singes peu farouches mais sur leurs gardes se laissent observer. Retour pour manger des pâtes chinoises et des bananes avec le malade, c’est bon signe, il mange. Pendant qu’il se repose à nouveau, Sandrine repart pour pousser jusqu’à Culion en longeant les îles après avoir fait une petite plongée qui sera l’une des plus belle dans la passe à coté de notre île. Il y a des coraux de toutes les couleurs et une multitude de poissons.
Le village est pittoresque, très habité avec des rues sur pilotis qui s’avancent sur la mer. De la musique, des discussions animées s’échappent des maisons, sans oublier les coqs, attachés par une patte qui attendent un combat. Une énorme église trône sur une butte et les tuk tuks et les mobylettes défilent sur le front de mer.
De retour à notre île, Patrick prend le frais. Cela va mieux, mais il fera l’impasse sur l’apéro et préférera le coca ramené de la ville.
Notre hôtesse nous allume le feu alimenté par des palmes sèches pour faire notre cuisine et aussi du pain pour le petit déjeuner. C’est un peu comme nos antiques cuisinières à bois, avec les différents trous réglables pour s’adapter aux casseroles, l’ensemble étant en béton, saufs les anneaux de métal. La aussi, il faut avoir à l’oeil le coq qui a tôt fait de sauter sur la table. Bonjour la grippe aviaire.
Les aventures de Dani et Philippe pendant ce temps là :
« Après avoir quitté Carole et Pierre, nous continuons vers le sud et tentons un passage dans la mangrove pour shunter la presqu’île qui est en fait une île. Nous longeons ensuite toujours des mangroves, pas de plages, mais des îlots peu élevés avec une végétation rabougrie. Nous traversons ensuite pour atteindre le sud de Tambon Island. Il n’y a pas vraiment de plages, justes des habitations sur pilotis entre les mangroves. Nous trouvons tant bien que mal un bivouac dans la grosse baie de l’île à la nuit tombante. Nous ne sommes pas loin d’une maison et les chiens donnent l’alerte. Le propriétaire vient nous voir avec une lampe et nous partageons avec lui quelques cacahuetes. Hélas pour nous, le coin est envahi par les moustiques. C’est une véritable invasion qui rend sportive la préparation du repas. Pendant la nuit, une grosse pluie met à l’épreuve la tente de Dany et le hamac de Philippe protégé par une bâche. »
L'abondante végétation qui borde les rivages facilite l'utilisation du hamac.
- Lundi 16 février :
Ce matin, chacun a retrouvé son énergie, et nous laissons un plan détaillé du trajet que nous comptons prendre, avant de partir vers 8h.Nous renonçons à aller plus au sud de Culion. Nous avons l’impression qu’il y a beaucoup de mangroves, des cotes pas très variées, et nous sommes juste en temps pour en faire le tour, d’autant que la cote Est est peu protégée. Nous préférons aller en direction de Busuanga ou Greg nous a un peu décrit les endroits à voir. Direction Marily Island que nous longeons par le sud. Il y a toujours beaucoup de mangroves, mais il y a partout des habitations sur pilotis la plupart très sommaires. Par endroit, l’eau est tellement claire que nous voyons les coraux multicolores. Au sud de Bak Bak island, nous entrons dans une large baie dans laquelle arrivent deux rivières. Nous apercevons dans les hauts arbres de la rive de gros oiseaux bruyants aux becs énormes, des casoars. Nous restons un long moment à les observer aux jumelles puis nous partons vers le sud-est dans un dédale de chenaux étroits bordés par des habitations. Nous croisons aussi des hommes qui construisent des nasses pour la pêche. Au bout d’un certain temps, nous arrivons à un cul de sac et nous demandons à un pécheur qui vient d’arriver la direction des waterfalls dont nous a parlé Nina. Il nous montre une direction, puis se ravise, remonte dans sa pirogue et nous double pour nous montrer le chemin. Nous avons du mal à le suivre tant il est rapide. Nous rejoignons le lit principal de la rivière qui en fait est balisé de piquets blancs. Nous remontons sur quelques km jusqu’à un village niché au pied des collines. L’eau chute de quelques mètres dans une belle vasque. Une spectaculaire passerelle permet de passer les cascades pour aller plus haut. Nous mangeons quelques biscuits, nous nous rafraîchissons dans l’eau et discutons un peu avec les quelques femmes qui avec une multitude d’enfants nous regardent à distance.
Pour trouver le village, un autochtone nous guide à travers le dédale de la mangrove.
Le téléphone ne passe pas et nous ne pouvons pas indiquer aux autres ou nous sommes dans ce labyrinthe alors, nous nous hâtons de ressortir et d’aller pique niquer à la sortie de la baie. Sandrine envoie un SMS pour nous situer avec l’heure d’émission, car les messages partent mais arrivent au destinataire avec des décalages fantaisistes. Nous avons même reçu des messages qui n’avaient pas été envoyés et semblaient plausibles bien qu’énigmatiques. Nous allumons aussi le talkie walkie toutes les heures au cas ou. Finalement, le message arrive quelques heures après, Philippe ayant mis son téléphone au bout de sa pagaie pour améliorer la réception. Ils ont parcouru une grande distance à toute vitesse pour nous retrouver et en fait nous sommes derrière eux. Nous les retrouvons quelques heures plus tard…
En fin de journée, nous traversons pour rejoindre Lamud Island et une petite île ou nous avons aperçu une plage aux jumelles. Le temps est de plus en plus menaçant, mais la pluie nous épargne.

Pass Island, un petit coin de paradis...
L’endroit est idyllique, et nous sommes bien contents que la famille qui y habite et en prend soin nous autorise à y passer la nuit moyennant 100 pésos chacun.
Sur la plage de sable blanc, une trace de tortue indique une ponte récente, mais cette nuit là nous n’en verrons pas. Encore une belle soirée auprès du feu après l’apéro et le repas habituel de riz et de légumes à la sauce au lait de coco.
Petit déjeuner sur plage de sable blanc, c'est dur la vie...
- Mardi 17 février :
Le ciel est bien dégagé. Nous embarquons vers 8h30 alors que le vent d’est se lève. Nous allons en direction de Napulo Island et Galoc Island et nous nous enfilons dans le chenal qui mène vers la baie au nord est de l’île de Culion. Le vent nous pousse, mais à l’entrée de la baie bordée de mangroves à perte de vue, le manque d’enthousiasme est unanime. La mangrove, c’est bien, mais, la variété, c’est mieux. Nous faisons donc demi tour et entamons le tour de Popototan island. Nous faisons une petite pause près ce qui nous semble être un village abandonné et qui est en fait un cimetière aux tombes protégées par des toits de palmes. Un imposant et luxueux resort occupe ensuite le fond de la baie et il y a des résidences imposantes sur les hauteurs. Mais nous avons peu de rêves de confort et nous continuons vers la suite de la cote qui devient plus sauvage et jolie avec des rochers aux dégradés harmonieux et aux formes torturées. L’eau claire laisse apparaître de beaux fonds coralliens.
Nous franchissons le cap au sud ouest, toujours poussés par le vent. Derrière de très belles plages désertes, surmontées de beaux arbres s’offrent à nous. Nous en choisissons une adossée à un éperon rocheux qui domine les eaux cristallines pour notre pause de midi.
La plongée en apnée nous révèle de beaux fonds, face au large dans une eau transparente et poissonneuse puis nous montons en haut du promontoire pour profiter de la vue avec plus de hauteur.
La suite de l’île reste assez sauvage et ce n’est qu’à son extrémité que nous retrouvons quelques luxueuses résidences. Nous allons ensuite vers Malbinchilao island que nous longeons par l’ouest. La falaise sculptée de plis monstrueux est percée d’abris et de petites grottes. Sandrine repère des bigorneaux sur les rochers et nous profitons d’une mini plage pour laisser les kayaks et faire le plein de coquillages pour l’apéritif.
Nous enchaînons les deux îlots suivants tout aussi beaux. Bordés à l’ouest par des falaises, il offre à l’Est de belles plages souvent habitées. L’après midi avance et nous choisissons de nous arrêter près d’une maison en chantier qui semble abandonnée. Il y a aussi de petits abris de bambou en ruines, des papayers, et des bougainvilliers. Personne à l’horizon bien que l’endroit semble fraîchement entretenu. Le sol a été nettoyé de ses pierres et coquillages et balayé. Ce n’est pas très sauvage, mais le bivouac est confortable et la passe pleine de coraux et de poissons. Les pécheurs repartent pour rapporter de quoi manger, mais sans succès.
L’apéro est perturbé par les moustiques qui attaquent en masse, hélas nous ne sommes pas tous égaux face à eux. Il y a ceux qui peuvent rester torse nu et ceux qui doivent se couvrir complètement. Cela se calme la nuit tombée.
Bivouac sur Malcatop Island
- Mercredi 18 février :
Avant de partir, petite séance de snorkeling. Nous traversons ensuite vers l’île de Dicoyan. Il fait très chaud et nous nous laissons aller à une nouvelle séance de baignade au milieu des coraux et des grosses nasses que les pécheurs ont caché par endroits. Nous continuons tranquillement à longer l’île vers l’ouest dans des eaux très claires. A son extrémité, une mangrove très aérée avec de très beaux arbres offre de superbes points de vue vers le large. Le vent se lève pour notre traversée vers Conception. Cela met un peu d’animation et on se concentre sur les vagues.
L’image est maintenant habituelle d’une arrivée au milieu des maisons sur pilotis. Nous laissons nos kayaks vers un grand ponton qui donne accès à la rue principale. Nous pensons aller au restaurent, mais le seul que nous voyons est trop luxueux a notre goût. Nous allons donc compléter nos vivres par quelques produits frais dans les petites échoppes. Il n’y a pas d’eau potable, mais, comme il nous en reste encore nous attendrons la prochaine bourgade : Salvacion. Le village est paisible, très fleuri, et après avoir fait notre tour, nous allons pique-niquer sur le ponton ou un toit de palme nous offre une ombre bienvenue. Nous apprécions notre salade de pomme de terre autant qu’un repas au resto, même sans bière fraîche.
Des enfants en uniforme d’école nous accompagnent dans le chargement des kayaks. Pour la première fois, l’un d’eux nous demande de l’argent.
Nous repartons sous un ciel menaçant, et nous voyons un rideau de pluie au nord qui se rapproche. Mais, il se disperse et nous passons à travers les gouttes. Nous traversons vers Tantangai island puis remontons la cote vers le nord. Il y a toujours alternance de mangroves et d’îlots rocheux. Sur une des plages que nous longeons, nous rencontrons un anglais en train de diriger une équipe de débroussaillage en vue de construire un resort. Il a l’air épanoui, et nous dit qu’il a vu des dugons dernièrement. Cela nous dirait bien d’en voir aussi..
Passé Kaniki Point, nous entrons dans une large baie occupée au fond par la mangrove. Encore de la mangrove et nous sommes tentés de couper la baie mais des bâtiments retiennent notre attention et Sandrine va voir s’il n’y aurait pas quelques poissons à acheter car nos pécheurs sont découragés et bredouilles.
En fait, il s’agit de pêcheurs de poulpes qui les préparent en vue de les exporter. Après quelques hésitations, nous nous laissons convaincre que cela est facile à cuisiner. Notre interlocuteur, très sympathique, est formel : 5 mn au wok et rien d’autre. Du coup nous en achetons 2 pour 3€.

Cette fois-ci et contre toute apparence, nous y échapperons...
Nous nous arrêtons un peu avant Salvacion sur une plage bordée de vieux palétuviers. La piste passe à proximité, mais, nous n’avons pas tellement le choix et cela n’est pas très gênant vu le peu de circulation. A son extrémité, une famille nombreuse nous donne son accord pour camper, et l’un des enfants particulièrement collant et tonique nous tient compagnie jusqu’à la nuit.
Coté cuisine, Patrick se réjouit car il adore le poulpe. Sandrine est plus sceptique, mais nous nous lançons. Au final, c’est plutôt raté, la consistance s’apparente à du caoutchouc de qualité supérieure, et en plus, il y a la quantité. Nous remettons les restes à cuire et les laisserons toute la nuit sur le feu mourant avec une pierre sur le couvercle.
Au matin, c’est cuit à point, mais il y a peu d’amateurs pour le petit déjeuner. Finalement, les plus téméraires mangeront les restes dans leur salade de midi, au risque d’être malade compte tenu du risque de mauvaise conservation.… Ce qui n’a pas été le cas, mais entre deux alertes intestinales pour Patrick et Sandrine, le stock d’immodium s’épuise.
- Jeudi 19 février :
Ce matin, Philippe a pris la relève de Sandrine pour faire des petits pains aux raisins qui changent des flocons d’avoine.
La navigation jusqu’à Salvacion est courte et nous arrivons au début de matinée à l’habituel ponton. Nous visitons les rues fleuries et la chaleur nous pousse vers une petite échoppe pour boire quelque chose et faire marcher le commerce. C’est un village accueillant organisé dans un carré formé par quatre rues perpendiculaires. On y trouve plusieurs épiceries, au moins un restaurant, mais ce n’est pas l’heure de le tester. Il y a même des tuk tuks, et une école est en cours d’agrandissement. Nous trouvons l’eau en bouteille de 4 et 6 litres (c’est plus agréable au goût que de mettre des cachets), encore quelques fruits et du jus d’ananas pour les punchs et le petit déjeuner.
Nous repartons en direction de Manolebeng island sous un soleil de plomb, puis longeons le sud de Campane Island occupée par une entreprise de perle bien gardée. Nous croisons beaucoup de pirogues avec ou sans moteur, la cote est très habitée. Nous nous arrêtons sur un très joli petit îlot pyramidal qui en prolonge la pointe sud, encadré par quelques palétuvier dans une eau encore très claire..
Le soleil tape dur, et nous sommes contents de trouver un peu d’ombre. Le vent se lève lorsque nous repartons. Nous contournons l’île au sud de Panlaiton, après avoir croisée des îlots qui ne sont pas sur les cartes. Il semble y avoir là de très beaux coraux, mais la mer agitée nous dissuade de faire du snorkeling en tirant les kayaks. Les rivages sableux sont gardés par des grands récifs coralliens ou la mer déferle, nous obligeant à rester bien au large.. Nous étions tenté pour contourner Palaitan island par l’ouest, mais les conditions de mer de plus en plus difficiles nous font renoncer et revenir sur la cote est plus abritée. Elle est occupée par un joli village de pécheurs qui font sécher les poissons sur des claies, embaumant l’atmosphère à plusieurs kilomètres à la ronde. Il y a de nombreux bateaux parés de lamparos pour la pèche nocturne.
Le bivouac sur Campane Island
Difficile de trouver un bivouac ici, aussi nous retraversons le chenal pour nous installer sur une grande plage observée aux jumelles au sud de Campane island. A notre arrivée, une ribambelle d’enfants parcourt la plage. Nous craignons le pire, mais en fait, ils sortent de l’école et font les quelques km qui les séparent de leur village. En tenue bleue et blanche, ils restent très discrets et passent leur chemin. Les plus grands viennent nous voir, mais ne nous importunent pas. Un habitant du village voisin nous rend également visite et Dani qui est le traducteur en chef, lui demande l’autorisation de camper puis va visiter le village avec lui. D’autres villageois viennent un moment nous voir avant de partir à la pêche.
Ce soir, Philippe refait du pain que nous n’aurons pas l’occasion de goûter au matin, un mystérieux voleur s’en étant occupé pendant la nuit (chien, singe ?)
Philippe dans le rôle du boulanger
- Vendredi 20 février :
Malgré les différents villages et la foule de bateaux qui pêchent de nuit, nous n’avons pas été gênés par le bruit
Les enfants repassent devant nous pour aller à l’école pendant notre petit déjeuner. Ensuite passent des gens qui vont au travail.
Nous embarquons vers 8h et en longeant le village, nous disons au revoir à notre hôte et il nous assure par geste que la météo est bonne pour aller à Black island. La traversée prend une bonne heure. La mer est calme, mais une longue houle venant du nord nous rappelle que nous ne sommes plus protégés des humeurs de la mer de chine. L’île nous ressemble en plus petit à celle de Coron et nous avons plaisir à retrouver les falaises déchiquetées et la végétation luxuriante. Nous accostons sur l’unique plage. Un campement permanent y est installé et la beauté du site nous aurait bien plus pour y installer notre bivouac. L’eau est limpide, mais les fonds ont l’air abîmés. Nous entamons le tour par le nord, plus exposé au vent et à la houle. Elle est plus prononcée et s écrase avec fracas sur les hautes parois. Du coup, nous restons à distance mais profitons de la vue sur les sommets et les langues de végétation qui descendent. Il n’y a pas d’abris, et la falaise est quasi ininterrompue. Malgré tout, nous croisons deux pêcheurs au travail, ballottés par les vagues sur leur minuscule pirogue. Le cap sud est bien trop rapidement atteint et nous terminons notre tour sur la plage pour refaire une baignade avant de retraverser.
La brise se remet à souffler, la mer est moins calme, mais rien de bien méchant. Une heure encore et nous atteignons Detobet Point que nous dépassons pour aller nous poser près d’un petit village juste derrière le cap. La pause s’impose.
Nous remontons ensuite le chenal qui longe à l’ouest Campare island. Le secteur est très calme, et aucune embarcation ne croise dans le secteur. Nous piquons ensuite plein est pour rejoindre les grandes plages à l’ouest de Busuanga. Encadrés par la mangrove et les palmiers, nous trouvons un petit endroit protégé du soleil et juste assez grand pour y mettre les trois tentes et le hamac. Pour une fois pas d’habitation à l’horizon. Et pour cause, car à marée basse, on est un peu prisonnier des rejets de palétuviers et de la vase.
Dernier bivouac...
- Samedi 21 février :
Dernier jour de notre périple.
La marée basse annonce un portage un peu épique, aussi, nous prenons notre temps pour nous préparer et profitons un peu de ce bel endroit. Au loin passent des pécheurs à pieds qui ramassent sans doute des coquillages. A son retour, l’un d’eux nous rejoint sur la plage et nous parlons par gestes avec lui pour voir ce qu’il a péché. Il a un sac plein de coquillages mais semble plutôt pauvre. Aussi, nous lui laissons les quelques kg de riz qui nous restent. Il a du mal a comprendre, pense que nous voulons échanger ses coquillages, mais toujours par geste nous lui expliquons que le programme, c’est resort, voiture puis avion. Nous faisons un heureux, et regrettons ensuite de ne pas lui avoir donné plus de choses qui ne nous serviront plus.
Finalement la marée a remonté un peu et nous nous en tirons bien. La cote qui nous reste est une longue plage, beaucoup plus accessible que celle que nous avions choisie pour nous arrêter. Tout à coup, nous tombons sur des bungalows et l’embouchure de la rivière Busuanga. C’est là que nous avons rendez vous avec Greg dans l’après midi, mais avant, nous allons remonter la rivière. Le début est un peu rébarbatif et nous traquons les endroits ombragés. La végétation composée de bambous et de palmiers n’est pas très variée.
Un petit détour par un affluent paraissant plus sympathique se heurte rapidement à l’insuffisance du débit et nous nous arrêtons à un pont ou passe la route de Coron. Pause biscuit puis retour dans l’autre branche. Après avoir dépassé un autre pont digne de la rivière Kway, les rives changent peu à peu d’allure, le cours d’eau se resserre en méandres et à l’approche des premiers reliefs, nous rencontrons de petits rapides. C’en est fini de l’eau saumâtre. Ici, la forêt est plus belle, il reste encore quelques arbres de belle dimension. Les débarquements sont fréquents, et cela met de l’animation. Nous croisons quelques fermes barricadées de bambous et des groupes qui chargent des sacs de graviers pour la piste toute proche. Ils sont souriants et nous saluent en riant. Nous cassons la croûte sur une plage de galet et finissons les boites dans notre salade. Petite baignade dans une belle vasque, désallage du matériel et nous continuons. Malgré la végétation, les varans et les oiseaux plus nombreux, nous nous lassons des débarquements et finissons par abandonner. Avec plus d’eau, on peut remonter presque jusqu’au centre de l’île. La descente est rapide et vers 16h nous revenons à l’embouchure pour rendre les kayaks et plier le matériel. Greg va faire des courses pour que le cuisinier nous prépare un bon repas de crabes, poissons poulets et salades arrosés de moult bières. Soirée bien douce face aux îles avec déjà un peu de nostalgie.
- Dimanche 22 février/
Départ matinal pour l’aéroport que nous rejoignons en deux heures de pistes, refaisant une partie de notre parcours en kayak avec une autre vision des paysages et des villages traversés.


















































































